"Antonioni resta peintre toute sa vie, de plus en plus fasciné par les horizons, la substance inanimée des frontières, l'au-delà des nuages.

Ce qui le passionna de prime abord fut le rapport que les hommes entretiennent avec les lieux, leurs nids, leurs maisons. Le rapport entre l'intimité et le cosmos.

« Les maisons ne m'intéressaient pas seulement de l'extérieur, dit-il en architecte, mais aussi de l'intérieur. Souvent, je grimpais jusqu'à une fenêtre pour voir qui et quoi il y avait dedans. »

Privilégiant « les images et les sentiments » (...) il est captivé par ce que l'on appellera le « néoréalisme intérieur » : « Regarder en l'homme quels sentiments, quelles pensées le font agir, dans son chemin vers le bonheur ou la mort. »

Antonioni filme l'actrice Lucia Bose en femme fatale accumulant les parures voluptueuses. Chronique d'un amour (1950) peut apparaître comme une histoire d'adultère au sein de la haute bourgeoisie milanaise. C'est pourtant bien autre chose que filme le cinéaste : l'âme des personnages dans le décor qu'ils arpentent. Ce faux thriller cherche à identifier une femme par l'impalpable, le flou de son quotidien, l'excès de ses toilettes. Et déplace le politique dans l'espace privé."

(Jean-Luc Douin : Michelangelo Antonioni
Le Monde, article paru dans l'édition du 02 août 2007
- Extraits -)

Photos : Chronique d'un amour, 1950, avec Lucia Bosè

Lucia Bosé | Chronique d'un amour | ANTONIONI 1950
Lucia Bosé | Chronique d'un amour | ANTONIONI 1950