Abel Gance, à Rivette et Truffaut : on jongle avec les 4 ou 5 vedettes, c'est complètement stupide

"Nous en sommes là, toujours". 

- Abel Gance, 1955 : "J’aspire à une liberté artistique et esthétique qui me permettrait d’employer des moyens nouveaux techniquement et aussi de dire des choses nouvelles à l’écran, seulement, si vous faites dire par des personnalités du cinéma des idées nouvelles, elles sont tout de suite affolées parce qu’il n’y a pas de précédent, alors, sans précédent, l’inquiétude commence à régner en maîtresse et c’est fini. Et puis alors : "Si vous n'avez pas Gérard Philipe qui aurez-vous ? Si vous n'avez pas Martine Carol comment voulez-vous qu'on vende le film ?" Nous en sommes là, toujours, c'est terrible ; les quatre ou cinq vedettes de valeur jouent, on jongle avec, et si vous ne les rattrapez pas dans une de vos mains, le film ne vaut rien a priori parce qu'on n'a pas eu de vedette ; c'est complètement stupide ; la véritable vedette c'est l'idée, la forme, et l'artiste qui donne à cette forme une personnalité ; cette forme peut aussi bien être un enfant, un végétal, un artiste, une histoire, un paysage...

— ... Une Roue ! 

— Oui, une Roue ! et nous en sommes tous là, on a tellement codifié notre métier que c'est aussi compliqué de faire un film que de lire la fiche du percepteur : ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire ; on a perdu d’avance ; le résultat ? on arrive à ne plus payer ses impôts et à ne plus faire de films !"

(Abel Gance, entretien avec Jacques Rivette et François Truffaut, Cahiers du Cinéma n°43, janvier 1955)

Abel Gance, à Rivette et Truffaut : on jongle avec les 4 ou 5 vedettes, c'est complètement stupide

 

 

 

DEMOS COMEDIENNES | Sophie MARECHAL