"On est jeté dans la folie qui règne ici-bas (...) Il est en dehors de cela, mon vieux, tellement en dehors. Mais le plus beau, c'est que personne ne peut être en dehors. Vous arrivez dans une situation donnée..."

Martin Scorsese, à propos de son film, After Hours :

"Je ne sais pas si je fais une satire quelconque, simplement, je me moque de beaucoup de choses, mais ce qui m'a vraiment plu, c'est l'idée de ne pas savoir... Comme si on entrait en plein milieu d'une histoire, et qu'on s'en allait avant la fin. Pour chacune des scènes. Et j'ai trouvé que c'était intéressant. Parce que chacun a sa propre histoire, on pourrait faire un film de la vie de chacun, et pourtant ce pauvre type est jeté là-dedans, et c'est comme dans la vie. Pensez à tout ce qu'on fait. Quand j'aurai fini ce coup de fil, je raccrocherai, j'irai voir s'il y a de quoi faire un repas avec ma femme... Je ne sais pas ce qu'elle fait depuis une heure. Vous comprenez ? Je ne sais pas ce qui se passe, et c'est comme cela pour tout, pratiquement. Pas de liaison : pas de début, pas de fin, juste une série de moments. Nous ne connaissons jamais vraiment les histoires des gens, pas même celle de Paul. Et c'est le désir sexuel qui fait jaillir le courant. Mais pas seulement le désir sexuel - le fait d'être touché, d'être aimé, même pour cinq minutes, même pour deux minutes. Je pense que c'est là le sens du film. Cette angoisse, l'angoisse de vivre - on est jeté dans la folie qui règne ici-bas, sans savoir le moins du monde ce qu'on est en train de faire, où on va, et quel est le sens de tout cela. On ne sait rien sur personne. On croit qu'on sait, mais on ne sait pas. C'est cela le vrai sujet. Oui, je fais une satire de Paul, des artistes, des gens là-bas, quels qu'ils soient, mais Paul, je l'aime. La satire du yuppie, c'est éculé, c'est un cliché ; la satire du rapport à l'ordinateur, c'est un cliché - c'est la raison pour laquelle nous n'avons pas insisté sur les ordinateurs."

Cahiers du cinéma : "Et qui est réellement ce type ?"

Martin Scorsese : "Oui, que fait-il ? Il est en dehors de cela, mon vieux, tellement en dehors. Mais le plus beau, c'est que personne ne peut être en dehors. Vous arrivez dans une situation donnée : il y a une pièce, deux personnes dedans ou trois, et il y a une conversation, par exemple, quelque chose de terrible s'est produit dans leurs vies, et vous arrivez, il faut qu'ils s'occupent de vous, parce que vous avez les clés d'Untel et que vous les rapportez. Ils ne veulent pas vous connaître. Et vous vous demandez : "Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer entre ces gens ? Mince ! Oh là là ! Dieu merci, j'en suis sorti..." Et cependant, lui, Paul, il faut qu'il y retourne ! Je crois que c'est comme dans la vie. Je trouve cela formidable."

(Entretien avec Martin Scorsese, Cahiers du cinéma n°383/384, mai 1986)

Photo :

After Hours, un film de Martin Scorsese, 1985

Griffin Dunne : Paul Hackett
Rosanna Arquette : Marcy Franklin
Verna Bloom : June
Tommy Chong : Pepe
Linda Fiorentino : Kiki Bridges
Teri Garr : Julie

 

Martin Scorsese : On est jeté dans la folie qui règne ici-bas. On ne sait rien sur personne. On croit qu'on sait, mais on ne sait pas. C'est cela le vrai sujet. Et c'est le désir sexuel qui fait jaillir le courant