Martin Scorsese : "De Niro voulait une actrice qui soit capable de lui tenir tête, de devenir folle... il avait besoin d'une vérité dans la colère. (...) J'ai vu (en Sharon Stone) une actrice qui n'était pas ce qu'on appelle à Hollywood "le parfum du mois, ou de l'année", vous savez, le genre de fille qui a fait deux ou trois films... Non, c'est une femme qui travaille depuis dix-huit ans dans ce métier, ce qui m'a fait penser qu'elle pouvait se servir de son expérience pour le rôle de Ginger, son désespoir..."

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Entretien :

CAHIERS DU CINEMA à MARTIN SCORSESE : "Dans Casino, Sharon Stone est sans doute votre personnage féminin le plus fort depuis Alice n'est plus ici. Comment l'avez-vous choisie ?"

MARTIN SCORSESE : "D'abord, elle mourrait d'envie d'avoir le rôle ; elle était prête à tout pour le jouer. Il y avait d'autres actrices sur les rangs, mais c'est elle que j'ai rencontrée en premier. ça a commencé par un malentendu de six semaines entre son agent et le mien ; quelque chose de très stupide et de très compliqué. Puis, nous avons pris rendez-vous. Je revenais de Las Vegas en train - je déteste l'avion - et le train a eu beaucoup de retard, à cause d'un accident. Elle m'attendait à L.A. J'ai donc dû m'excuser. Je suis allé la retrouver dans un restaurant pour me justifier... Elle a vérifié mon histoire. Dès ce premier contact, j'ai observé son comportement : elle avait une force et une allure incroyables, et ressemblait à la femme qui a inspiré le personnage, Geri. Quand on en est venu aux lectures, j'ai tout de suite vu qu'elle collait parfaitement au personnage. Je voulais savoir, parce que je ne l'avais vue que dans des films de genre, si elle était capable de jouer dans mon film. De Niro voulait une actrice qui soit capable de lui tenir tête, de devenir folle... il avait besoin d'une vérité dans la colère. On le voit dans la scène de jardin, quand elle lui hurle dessus et que De Niro reste là à la regarder, vêtu d'une robe de chambre Sulka. Elle voulait tellement ce rôle ! J'ai beaucoup discuté avec elle et je me suis vite rendu compte qu'elle jouerait dans le style que je voulais - en d'autres termes, s'il fallait quarante prises pour obtenir quelque chose de précis, elle n'hésiterait pas, pas seulement pour le jeu. Jusque dans les mouvements de caméra les plus précis... Ensuite nous avons eu une audition, à New York ; il fallait voir comment elle se comporterait avec Bob (De Niro). C'est moi qui ai joué le rôle de Joe Pesci... et j'ai été très bon (rires). Elle a été fantastique. Et enfin, nous nous sommes finalement revus au Beverly Wilshire Hotel, à L.A., Bob était là, et après quelques minutes de conversation avec lui, j'ai dit : "OK, on fait le film" ! Elle a versé une larme, et voilà ! J'ajoute qu'elle n'a pratiquement pas été payée ; je veux dire que son salaire est vraiment très loin de ce qu'elle demande d'habitude. Autre chose : quand elle est venue chez moi, j'ai vu une actrice qui n'était pas ce qu'on appelle à Hollywood "le parfum du mois, ou de l'année", vous savez, le genre de fille qui a fait deux ou trois films... Non, c'est une femme qui travaille depuis dix-huit ans dans ce métier, ce qui m'a fait penser qu'elle pouvait se servir de son expérience pour le rôle de Ginger, son désespoir... C'était un risque calculé."

(Entretien avec Martin Scorsese, Cahiers du cinéma n°500, Numéro spécial : Martin Scorsese rédacteur en chef, mars 1996, page 13)

-> Voir aussi : Lorsque Sharon Stone pleure sur son lit, c'est la culpabilité de Scorsese qui revient : ses années d'analyse, ses nuits de masturbation, ses pulsions suicidaires et sa maladie faite film

Martin Scorsese : De Niro voulait une actrice capable de lui tenir tête, de devenir folle... il avait besoin d'une vérité dans la colère | Sharon Stone dans Casino
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