Louis Jouvet :

"Ce monde n'est pas le seul.

L'inconscient est notre être véritable, le conscient n'est qu'illusion, ce que nous croyons être n'est pas, ce n'est qu'une succession de contingences, des sensations superficielles (...) ; ce que nous croyons être n'est qu'une carapace (...).

"Moi n'est jamais que provisoire. Moi se fait de tout. On n'est peut-être pas fait pour un seul moi, dit Henri Michaux, et on a tort de s'y tenir (C'est la justification de notre métier, de notre goût, je ne dis pas vocation). On veut trop être quelqu'un. Il n'est pas un moi, il n'est pas dix moi, il n'est pas de moi. Moi n'est qu'une position d'équilibre."

Sartre : Je ne puis me connaître que par l'intermédiaire d'autrui (le personnage).

Le moi n'est pas tout d'une pièce, il ne se réalise pas sur un seul plan. Il a une nature étagée, dédoublée, partagée entre plusieurs ordres de réalité ; nous n'obtiendrons jamais que des révélations fragmentaires. (...)

Il y a des solutions de continuité, des interférences, des conflits entre ces personnages.

La conscience se partage en plusieurs compartiments, il y a nous et nous-mêmes (...).

Il y a de ce fait au fond de nous le sentiment d'un secret, démarcation entre ces deux vies."

Louis Jouvet,
Intimité,
Le comédien désincarné,
Flammarion, extraits de la page 225

Louis Jouvet : Ce monde n'est pas le seul. On veut trop être quelqu'un. On n'est peut-être pas fait pour un seul moi