Michelangelo Antonioni : 

"L'acteur est un élément de l'image et pas toujours le plus important. Il est évident qu'il acquiert ou perd du poids selon la position qu'il a dans cette image et qu'une réplique prend un sens ou un autre selon sa position lorsqu'il la dit. Mais, pour cette raison, je me suis entendu dire : "Toi, tu refuses la collaboration avec l'acteur." Non, dans ces limites, l'acteur peut être d'une grande aide, il peut interpréter, suggérer, mais c'est à moi de choisir parmi ses suggestions ce que je retiens de meilleur. L'acteur voit le film à travers son personnage qui n'est pas le seul. Mais le film doit être vu dans sa totalité et à qui cela revient-il sinon au metteur en scène ? Ce sont là des problèmes assez évidents. On me reproche très souvent de ne pas dire assez, de ne pas parler assez, de ne pas "expliquer". Pour moi ce mot "expliquer" n'a qu'une seule signification (et cela m'irrite rien que d'y penser) : indiquer le message. C'est une façon de diriger qui est propre au théâtre, comme le faisaient les metteurs en scène autrefois, habitués à parler longuement du texte, d'une scène, d'une réplique, habitués à chercher les significations, les résonances, à l'extérieur du contexte même de la scène, et à découvrir les références culturelles. Je ne crois pas qu'il faille faire ainsi, je ne sens pas ce genre de direction d'acteur. Le rapport entre l'acteur et le metteur en scène doit être envisagé d'une façon plus souple que par le passé. Il doit se créer une entente sur le plan sensoriel, où chaque parole est superflue. En disant cela je n'enlève rien à l'acteur. Il y a de bons acteurs et des acteurs moins bons - bien jouer est un don de la nature. Il y a des visages expressifs et des visages inexpressifs, et il n'y a rien à faire. Mais ils le sont dans la mesure où ils réussissent à comprendre ce que veut le metteur en scène et à le lui redonner."

Entretien avec Michelangelo Antonioni, 
Le cinéma italien parle, Aldo Tassone,
Editions Edilig, page 19

 

Photo : Jack Nicholson et Michelangelo Antonioni - Tournage de Profession : reporter (Professione: reporter - The Passenger)

Jack Nicholson - Michelangelo Antonioni - Tournage de Profession : reporter (Professione: reporter - The Passenger)
Antonioni : le rapport entre l'acteur et le metteur en scène, une entente sur le plan sensoriel, où chaque parole est superflue

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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