"Parmi les trois étendues, il faut compter le temps, l'espace, et le silence" - JOUBERT

"Pathétique destin que celui de Welles. En 1940, il est au faîte de la gloire. Avant même d'avoir donné le premier tour de manivelle de son premier film, il est sacré demi-dieu, intronisé dans un royaume où il peut exercer une puissance réelle. Deux ans plus tard, c’est fini : cette gloire et cette puissance n'ont pas répondu à l'attente d'un public avide de prodiges. Hollywood attendait, de la part de ce grand sorcier, qu'il rééditât son exploit radiophonique. Or, ce sorcier n'est pas un faiseur. Le cirque n'est pas son affaire. A-t-il trompé ses commanditaires ? Il se peut, mais comment faire autrement ? En tout cas, voici Welles dépossédé de sa puissance. La chance a tourné, la méfiance la remplace. Bien entendu, il continue à faire des films. D'ailleurs il est sous contrat. Mais le paradoxe s'installe: cet homme public est un créateur secret, cet homme fêté est un solitaire. Nous touchons déjà ici au centre même du problème de l'art. L'exil, la solitude, le silence — nous le savons depuis Rimbaud — sont le lot habituel de l'artiste moderne. Et comment le cinéma, sans doute l'art des plus grandes contraintes, échapperait-il à la règle ?" 

(André-S. Labarthe, texte extrait des Cahiers du Cinéma, n°117, mars 1961, "My name is Orson Welles") 

My name is Orson Welles | Hollywood attendait, de la part de ce grand sorcier, qu'il rééditât son exploit radiophonique. Or, ce sorcier n'est pas un faiseur. Le cirque n'est pas son affaire