Antoine Vitez : exprimer l'imaginaire dans toutes les formes et selon toutes les conventions existantes ou à inventer

Antoine Vitez :

"Notre civilisation ne peut plus être une civilisation mandarine. (...) Dans une civilisation mandarine, l'acteur apprend à jouer des formes connues. (...) On enseigne une typologie. (...) A l'élève qui travaille le Misanthrope, on dit : "Tu comprends mon petit, Alceste, c'est ceci ou cela."

(...) Alors qu'est-ce qu'on apprend aux acteurs dans une civilisation qui est en train de cesser d'être mandarine, qu'est-ce qu'on a le droit de leur apprendre ?

S'entraîner à exprimer l'imaginaire dans toutes les formes et selon toutes les conventions existantes ou à inventer, décrire ses propres fantasmes, leur donner vie dans des formes."

(Septembre 1968, Si le théâtre s'apprend, extraits)

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"Tout est polémique au théâtre, et c'est cela que j'enseignais. Je ne leur disais jamais que ce n'était pas bien, ce qu'on leur avait appris avant, ou ce qu'on faisait à côté (...), mais que c'était relatif, oui, c'est cela : relativité du jeu des acteurs. Et je disais : tout est convention et donc (car vraiment je ne disais jamais : "ceci est mal, ceci est bien"), tout est possible. rien n'est normal, il n'y a pas de normal. C'est ce que je disais.

Si l'amant doit mettre une main sur son coeur, si la frivole doit percher haut sa voix, si la tragédienne est sévère et bienséante, hautaine ou frémissante dans ses voiles, si le valet cabriole, pourquoi ne dirais-je pas que l'amant doit frémir dans ses voiles et la tragédienne faire des cabrioles ? Non, non, je n'ai jamais dit qu'il fallait le faire ; au contraire j'ai dit qu'il ne fallait rien. Point de norme. L'art de l'acteur serait relatif, mais à quoi relatif ? Là commence la bataille.

(...) Il faut toujours une autre recherche et (...) on ne doit laisser rien se fixer, demeurer.

(...) Je leur disais : les rôles ne sont pas des outres et des dessins à colorier que vous devriez remplir de vos corps et vos voix, ils n'existent pas avant vous, ils sont vous-mêmes, ils sont à vous (tout est à nous), et il ne faut que suivre - ou critiquer mais au moins connaître - la trace d'une marche, la partition d'un autre, imaginaire, appelé personnage."

(15 mars 1983, Livre blanc du Conservatoire, extraits)

 

Antoine Vitez, Ecrits sur le théâtre, I : L'Ecole,
Editions P.O.L - Extraits des pages 59-60 et 220-222

 

Photo :

Timbre postal : Théâtre français. Célimène dans Le Misanthrope de Molière - Création de Robert Cami - 1953

Timbre postal : Théâtre français. Célimène dans Le misanthrope de Molière - Création de Robert Cami - 1953

 

 

 

DEMOS COMEDIENNES | Sophie MARECHAL