"- Comment préparez-vous vos rôles ?"

"- Ma principale préparation ? C'est la vie de tous les jours. Je ne me lasse pas d'observer ce qui se passe autour de moi, et je considère la rue comme un spectacle magnifique où l'on n'a jamais fini de s'instruire. Bien entendu, je me livre également à une préparation plus directe, comme tout le monde. Je lis mon scénario avec attention. Généralement, le personnage surgit dans mon imagination à ce moment même, avec ses souffrances et ses joies, ses tics, ses manies, ses costumes. Alors, je le promène avec moi, jusqu'au jour des prises de vues : et quand je suis sur le plateau, je m'efforce de lui ressembler, je cherche à le concrétiser tel que l'auteur l'a imaginé et voulu. En un mot, je tâche d'être vrai. Car j'ai horreur de ces interprètes qui apportent à tous les rôles les mêmes procédés, et ramènent tous les personnages à eux-mêmes. Ils me font songer à des polichinelles qui font les mêmes gestes toutes les fois qu'on tire sur la ficelle. Le tempérament de l'acteur, si intéressant soit-il, doit toujours s'effacer derrière celui du personnage.
Non, je n'apprends jamais par coeur, je ne prépare pas mes gestes, je n'étudie pas mes expressions devant la glace. D'ailleurs, les acteurs qui travaillent devant une glace ne sont pas des acteurs. Ils tuent le naturel."

(Gabriel Signoret, acteur, Cinémonde 430, 1937

-- Fragment 2160bis pages 790-791 de "Passage du cinéma 4992")

Photo :

Yvette Guilbert et Gabriel Signoret,
Les Deux Gosses, un film de Louis Mercanton, 1924

Yvette Guilbert et Gabriel Signoret, Les Deux Gosses, un film de Louis Mercanton, 1924