"Notre certitude, c'était notre émotion et notre sensation de la beauté ; et quand nous nous retrouvions, (...) quand nous écoutions toute la série des symphonies de Beethoven, des fragments éblouissants des drames de Wagner, une atmosphère extraordinaire se composait. Nous sortions (...) en fanatiques, en dévots, en prosélytes de l'art ; car là, aucun subterfuge, aucun doute, aucune interposition entre nous et notre lumière. Nous avions senti ; et ce que nous avions senti nous donnait la force de résister à toutes les occasions de dispersion et à toutes les niaiseries et maléfices de la vie... Nous nous retrouvions avec une âme illuminée et une intelligence chargée de foi, tant ce que nous avions entendu nous paraissait une sorte de révélation personnelle et de vérité essentiellement nôtre. (...) Le sérieux, la valeur absolue que l'on attachait (...) aux mystères et aux promesses de l'art."

(Paul Valéry, Variété, Théorie poétique et esthétique, Nécessité de la poésie,
Conférence à l'Université des Annales, le 19 novembre 1937,
Pléiade Oeuvres I, pages 1381-1382, extraits)

"Cette époque presque religieuse à l'égard du beau, que nous avons vécue au temps de notre jeunesse. Cette jeunesse voyait dans l'art la seule issue, la seule culture désormais possible, des sentiments les plus élevés. L'acte de l'artiste, l'émotion communiquée par les oeuvres lui paraissaient les seuls objets indiscutables d'amour, de travail, de désir, les seuls moyens de rédemption; en somme, les seules certitudes qui lui fussent immédiates, soustraites à toute atteinte critique, qui donnassent enfin la force de la foi sans exiger aucune croyance."

(Paul Valéry,
allocution prononcée le 4 janvier 1931, à l'occasion du cinquantenaire des Concerts Lamoureux : Au concert Lamoureux en 1893
Pléiade, Oeuvres II, page 1274, extrait)

Photo :

"un peu de Ludwig van.."

Orange mécanique (A Clockwork Orange), un film de Stanley Kubrick, 1971

 

 

 

un peu de Ludwig van.. Orange mécanique (A Clockwork Orange) Stanley Kubrick 1971