Federico Fellini :

"Je ne me reconnais aucun système fixe de travail... Cependant, si j’avais à préciser les phases de mon travail, je dirais qu’au départ il y a un manuscrit toujours approximatif dans sa structuration, parce qu'une précision plus poussée du scénario correspondrait, pour moi, à un arrêt, à une période de stagnation qui, loin d’éclaircir mes idées, les brouille.

La partie la plus riche de cette préparation est le choix des visages, des têtes, c’est-à-dire du paysage humain du film. C'est à partir de ces rencontres, de ces entrevues, de ces bavardages, de l'irruption de cette foule de regards et de sourires que s’élabore le milieu nutritif qui donnera au film sa physionomie propre. Aujourd’hui, je ne sais plus si cette façon de procéder m'est suggérée par ma paresse, ou bien si je lui reste superstitieusement fidèle, comme à une sorte de rituel apte à porter le film à sa juste incandescence. Pendant cette période, je suis capable de voir jusqu’à cinq ou six mille visages, et ce sont justement ces visages qui me suggèrent les comportements de mes personnages, leurs caractères, et même les cadences narratives du film ; je serais tenté de dire que c’est la phase la plus sérieuse de mon travail de préparation.

Ensuite, il y a la recherche des extérieurs, et dans ce cas comme pour les visages, je ne précise rien. J’ai quelque paresse à décider.

Quand, pour un même personnage, je suis partagé entre cinq ou six acteurs, ou cinq ou six visages, cette incertitude devient pour moi presque déchirante : chacun de ces visages, de ces types pourrait donner à mon personnage un poids particulier, une originalité, également valables. Alors, je fais des bouts d’essai. Mais cette incertitude peut durer jusqu’à la dernière heure avant le tournage. Au dernier moment, je me confie presque superstitieusement au destin, c’est-à-dire que ce "choix" n'est en définitive jamais motivé, il est guidé par quelque chose d’irrationnel qui me pousse à prendre celui qui, par quelque élément ineffable, indéfinissable, m'apparaît soudain non pas comme le plus juste, mais comme l'unique. Quelquefois, ce choix, ayant été irrationnel, s’avère malheureux. Alors, j’essaie de tirer parti de cette erreur. J’abandonne le personnage que j'ai en tête, et je cherche à faire un personnage de l’acteur ou de la personne choisie. Très souvent, ce sont les acteurs eux-mêmes qui me suggèrent des comportements en me racontant leurs propres histoires, ou bien quand je les vois vivre en dehors du plateau, pendant les pauses. Ce qui me tient le plus à coeur est de laisser vivre spontanément toute la troupe, acteurs ou non, en créant une atmosphère très confortable, une ambiance de jeu, où chacun se trouve tout à fait à son aise, sans jamais avoir le sentiment — paralysant pour moi — qu'il accomplit un devoir professionnel, mais respire, vit, bouge de la façon qui lui est la plus familière, la plus congénitale".

(Propos recueillis au magnétophone, relus et corrigés par Federico Fellini,
traduits de l'italien par Marianne di Vettimo,
Cahiers du cinéma n°164, mars 1965)

Photo :

1965, Federico Fellini : Juliette des esprits (Giulietta degli spiriti)

1965, Federico Fellini : Juliette des esprits (Giulietta degli spiriti)

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

nouveautés ~ art de l'acteur ~ cinéastes ~ art du théâtre ~ meilleurs films ~ top 100

Antonioni Bergman Bresson Cronenberg Fellini Godard Hitchcock Jouvet Labed Lynch Malick Mnouchkine Portman Rohmer Sautet Scorsese Truffaut Vitez Welles

masters of cinema | films actors directors

a-z videos / new videos / facebook

 

films7 | films actors directors