Federico Fellini : "Je voudrais commencer l'entretien en vous posant moi-même une question : mis à part la sympathie et le plaisir d'être ensemble, voulez-vous me dire quel est le sens de tout ce rituel peu crédible de questions et réponses ? La convention de l'interview (à tout le monde, sur n'importe quoi, à tout moment) est en train de devenir la formule la plus envahissante d'un système d'information qui a pris des proportions délirantes. Journaux, radio, télévision nous poursuivent à toute heure du jour et de la nuit et nous persécutent d'informations de toutes sortes qui arrivent de tous côtés, une avalanche de nouvelles et de renseignements que nous ne parvenons plus à canaliser, assimiler, transformer en un "vécu" ou en une conscience personnelle. Il serait peut-être opportun, non plus par souci d'hygiène mentale mais de santé mentale, qu'une fois de temps à autre la télévision reste éteinte, la radio se taise, les journaux ne sortent plus. Cela, pendant des périodes assez longues, de façon que chacun puisse avoir à nouveau le temps de s'occuper vraiment de soi-même, de sa propre individualité, ne serait-ce que pour remettre un peu d'ordre dans toute sa dispersion. A ce point, et par cohérence, nous devrions, vous et moi. renoncer à cet entretien, mais vous insistez tellement qu'il m'est difficile de m'esquiver."

(Federico Fellini, entretien, in Le Cinéma italien parle, Aldo Tassone, Editions Edilig, page 105)

Fellini : une avalanche de nouvelles et de renseignements que nous ne parvenons plus à canaliser, assimiler, transformer en un "vécu" ou en une conscience personnelle