Pierre Richard

"Il y a deux manières de définir un personnage : soit par ses états d'âme, ses manières de réagir avec les gens, verbalement, sensitivement, soit par ma manière, plus visuelle, plus physique : celle de réagir avec les jambes. (...) 

en tant qu'acteur, je n'ai pas toujours eu assez de rigueur : j'ai accepté des films à tort. Soit parce que le scénario n'était pas bon, mais c'était une grosse entreprise, j'étais pris par une sorte d'engrenage du système : "Tu comprends, on a des moyens ; et puis ça va être avec une telle et untel". Soit le scénario n'était pas mal, mais ce n'était pas mon personnage. En fait, j'avais une idée de moi-même, de mon personnage, et je me suis parfois trahi. Je suis manifestement un personnage un peu chaplinesque ou keatonien, en ce sens qu'il vient un peu d'on ne sait trop où et va on ne sait pas où : ce sont des personnages de chair et d'os certes, qui peuvent tomber amoureux, mais qui ne sont pas charnels. Ce ne sont pas des personnages qui baisent : Keaton, Chaplin, ne baisent pas. Les comiques sont souvent des gens pudiques. Alors, j'aurais dû refuser ces rôles, me dire : c'est un personnage trop matériel pour moi. Par exemple dans "On aura tout vu" de Veber, ou surtout "Le Jumeau". Il y a derrière mon personnage une poésie à laquelle je me dois ; et quand je l'ai transgressée j'ai toujours été pénalisé." 

(Le scénario des cinéastes, Le gagman et l'inspirateur,
entretien avec Pierre Richard,
Cahiers du cinéma 371/372,
numéro spécial Cinéma Français : L'enjeu scénario, mai 1985 - Extraits)

Pierre Richard : Il y a derrière mon personnage une poésie à laquelle je me dois