André De Toth, à Bertrand Tavernier :

"Qui peut deviner à l'avance si quelque chose plaira ou non ? Par exemple, vous écrivez un roman et vous décrivez une fille qui vous plaît. Si le lecteur n'aime pas ce genre de fille, vous vous en fichez, vous l'avez écrit comme vous le vouliez. Les artistes doivent être égoïstes. On ne peut pas plaire à tout le monde. Mais il faut d'abord se plaire à soi. Quand je parle à ces étudiants en cinéma qui veulent devenir réalisateurs, je leur raconte toujours l'histoire suivante.

En plein été, un grand-père mexicain marche avec son petit-fils sur le bord d'une route. Ils guident un âne. Il fait très chaud. Arrive une Cadillac, à air conditionné. Elle s'arrête. La vitre descend et le conducteur leur dit : "Vous êtes stupides. Vous avez un âne et vous marchez tous les deux." La voiture repart. Le grand-père dit alors à son petit-fils : "Je t'avais dit de monter dessus. - Non, grand-père, toi, monte sur l'âne. - Je suis ton grand-père. Tu fais ce que je dis." Alors le petit-fils monte sur l'âne. Une autre voiture arrive et s'arrête. "Petit garnement, ton grand-père est un vieil homme et tu l'obliges à marcher ! C'est à lui d'être sur l'âne." Alors le grand-père monte sur l'âne. Puis une Ferrari passe et s'arrête : "Vieux fou, toi, ta vie est presque terminée. C'est au petit de monter sur l'âne." Ils auraient même pu envisager de porter l'âne sur leur dos mais là c'est la police qui les aurait enfermés dans un hôpital psychiatrique !

Voilà, quoi que vous fassiez, vous avez toujours tort. Il ne faut pas s'attendre à plaire à qui que ce soit."

André De Toth, Lyon, 1993,
Bertrand Tavernier, Amis américains, Institut Lumière Actes-Sud, page 496

André De Toth aux étudiants en cinéma qui veulent devenir réalisateurs : Voilà, quoi que vous fassiez, vous avez toujours tort. Il ne faut pas s'attendre à plaire à qui que ce soit