"Pendant que j'assistais à la projection de Pierrot, j'avais oublié ce qu'il faut, paraît-il, dire et penser de Godard. Qu'il a des tics, qu'il cite celui-ci et celui-là, qu'il nous fait la leçon, qu'il se croit ceci ou cela... enfin qu'il est insupportable, bavard, moralisateur (ou immoralisateur) : je ne voyais qu'une chose, une seule, et c'est que c'était beau. D'une beauté surhumaine. Physique jusque dans l'âme et l'imagination. Ce qu'on voit pendant deux heures est de cette beauté qui se suffit mal du mot beauté pour se définir : il faudrait dire de ce défilé d'images qu'il est, qu'elles sont simplement sublimes. Mais le lecteur d'aujourd'hui supporte mal le superlatif. Tant pis. Je pense de ce film qu'il est d'une beauté sublime. C'est un mot qu'on n'emploie plus que pour les actrices, et encore dans le langage des coulisses. Tant pis. Constamment d'une beauté sublime. Remarquez que je déteste les adjectifs." 

(Louis Aragon, Qu'est-ce que l'art, Jean-Luc Godard ? - extrait) 

Photo : 

Jean-Paul Belmondo : Ferdinand Griffon, dit « Pierrot »
Anna Karina : Marianne Renoir

PIERROT LE FOU - Jean-Luc Godard - 1965

 

STATION TOTAL - LES PIEDS NICKELES - Jean-Paul Belmondo : Ferdinand Griffon, dit « Pierrot » Anna Karina : Marianne Renoir  PIERROT LE FOU - Jean-Luc Godard - 1965
PIERROT LE FOU - Jean-Luc Godard - 1965
PIERROT LE FOU - Jean-Luc Godard - 1965