"(...) cette relation qui existe presque toujours dans les châtiments humains et qui fait qu'il n'y a presque jamais ni condamnation juste, ni erreur judiciaire, mais une espèce d'harmonie entre l'idée fausse que se fait le juge d'un acte innocent et les faits coupables qu'il a ignorés".  - Marcel Proust, Albertine disparue, Le chagrin et l'oubli

~~

Stéphane Braunschweig (2002) : "Dans La Famille Schroffenstein, il y a ce thème très important du faux coupable, un thème hitchcockien : comment peut-on prouver son innocence quand tout semble indiquer votre culpabilité ? (...) Tous les personnages sont innocents en acte (...) mais dès qu'on leur dit qu'ils pourraient être coupables, dès que le soupçon tombe sur leur innocence, ils sont terriblement angoissés. (...) Chez Kafka, cette problématique débouche sur la question de la responsabilité. Ce qui fait qu'on est innocent coupable chez Kafka, c'est qu'on est - au sens du judaïsme - responsable de l'autre : pour Kafka l'autre existe profondément ; même s'il y a une réelle difficulté à le vivre, il est là comme autre. Chez Kleist au contraire, l'innocence coupable débouche sur une problématique de l'irresponsabilité".

Anne-Françoise Benhamou : "Cette mise en cause de la notion de responsabilité est au coeur de la fameuse "crise kantienne" de Kleist. Il écrivait alors à sa fiancée :

"(...) Et que veut-dire : faire le mal, à en juger par les effets ? Qu'est-ce qui est mal ? Absolument mal ? Les choses de ce monde sont emmêlées et tiennent ensemble par mille liens, toute action est la mère de millions d'autres et la pire bien souvent engendre les meilleures - Qui, sur cette terre, dis-le moi, a déjà commis le mal ? Quelque chose qui serait le mal pour toute l'éternité - ?"

On pense presque à Dostoïevski... Et on comprend aussi que Nietzsche ait tant aimé Kleist. (...)"

Stéphane Braunschweig : "(...) C'est une oeuvre traversée en permanence par du fantasme. (...) Et les fantasmes qui sont là sont très élémentaires ; ce sont presque des angoisses d'enfant : le fantasme de détruire l'autre, d'être détruit par l'autre. Kleist nous renvoie en permanence à des pulsions archaïques. Quelle que soit la complexité de l'intrigue, de la situation, ces affects archaïques sont toujours là, c'est cela qui est inquiétant et met mal à l'aise. Et en même temps ce que j'aime chez lui, c'est que cette inquiétude s'accompagne d'une jubilation. (...) Sans doute l'impression qu'à un certain moment il n'y a plus de censure du tout... qu'on est en quelque sorte dans un théâtre sans surmoi. (...)"

Septembre 2002, La Guerre de Soi à Soi, entretien réalisé à la fin des répétitions de La Famille Schroffenstein, au Théâtre National de Strasbourg
in Stéphane Braunschweig, Petites portes, Grands paysages, Ecrits, Le Temps du théâtre / Actes SUD, pages 260-262 (extraits)

(N.B. La citation de Proust est notre ajout et n'est pas chez Braunschweig)

~~

Photos : Le faux coupable chez Hitchcock, La Mort aux trousses : "- Regardez : il tient un couteau ! - Je ne suis pour rien dans cette histoire !"

Le faux coupable chez Hitchcock, La Mort aux trousses : - Regardez : Il tient un couteau... - Je ne suis pour rien dans cette histoire !
Le faux coupable chez Hitchcock, La Mort aux trousses : - Regardez : Il tient un couteau... - Je ne suis pour rien dans cette histoire !
Le faux coupable chez Hitchcock, La Mort aux trousses : - Regardez : Il tient un couteau... - Je ne suis pour rien dans cette histoire !
Le faux coupable chez Hitchcock, La Mort aux trousses : - Regardez : Il tient un couteau... - Je ne suis pour rien dans cette histoire !
Le faux coupable chez Hitchcock, La Mort aux trousses : - Regardez : Il tient un couteau... - Je ne suis pour rien dans cette histoire !
Le faux coupable chez Hitchcock, La Mort aux trousses : - Regardez : Il tient un couteau... - Je ne suis pour rien dans cette histoire !
Le faux coupable chez Hitchcock, La Mort aux trousses : - Regardez : Il tient un couteau... - Je ne suis pour rien dans cette histoire !
Le faux coupable chez Hitchcock, La Mort aux trousses : - Regardez : Il tient un couteau... - Je ne suis pour rien dans cette histoire !