Fabrice Luchini : Je suis pas son genre | Le Genou de Claire - Eric Rohmer

Fabrice Luchini : "Je suis pas son genre" | Le Genou de Claire - Eric Rohmer

Fabrice Luchini : "J'avais un besoin immense d'être aimé et je m'effondrais dès qu'on ne m'aimait plus. Ce que m'a résumé mon psychanalyste dans une de ses plus grandes phrases. J'étais allongé sur le divan au moment de la crise d'angoisse. Je voulais qu'il parle, qu'il se manifeste et un jour dans la voix, j'ai entendu :

"On pourrait résumer : avec toi, faut toujours crier "Allez les verts !". Moi, c'est pas mon boulot quand même."

Il avait formulé que, pour les angoissés, il n'y a qu'une obsession, c'est "Allez les verts !". S'il n'y a pas "Allez les verts !", c'est le chaos. Qu'est-ce qu'il reste de l'individu s'il n'y a plus l'encouragement de "Allez les verts !" : "un boyau avec un rêve", comme dit Céline."

Fabrice Luchini, Comédie française, Flammarion, pages 212-213

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Fabrice Luchini : "Les questions des médias, c'est toujours : "On aimerait bien vous connaître." Alors que je passe mon temps à témoigner d'auteurs plus grands que moi, d'auteurs immenses (...). Je me vis comme un passeur, et ils aiment me réduire au rôle de bon client. Drôle de paradoxe. Comme disait Flaubert à Louise Colet : "L'auteur, dans son oeuvre, doit être comme Dieu dans l'univers, présent partout, et visible nulle part" (...)"

"J'avais 17 ans, j'étais encore un petit coiffeur qui avait quitté l'école à quatorze. J'avais peu lu : L'Attrape-coeurs de Salinger, quelques livres de Freud auxquels je n'avais pas compris grand-chose, un petit peu de Nietzsche. Je fréquentais un groupe d'intellectuels marginaux, du côté du quartier des Abbesses. Ils lisaient Artaud et Céline. L'un d'entre eux s'appelait Patrick-Jojo. Il était formidablement poétique. Je le croise un soir à Montmartre. La nuit était tombée. Comme un contrebandier il me met un livre entre les mains en me disant : "Tiens. Tu verras." Sur la couverture vert et noir un personnage, vêtu de blanc, avance comme un somnanbule. On peut lire "Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit".

"Mon psychanalyste, un jour, m'a aidé à percer le secret de l'antisémtisme de Céline. Il le reliait à son immense orgueil : "Comme il voulait être le seul véritable écrivain de son siècle, m'a-t-il expliqué, il voulait être le seul juif"."

"Lévi-Strauss : "Proust et Céline : voilà tout mon bonheur inépuisable de lecteur"."

(Fabrice Luchini, Comédie française, ça a débuté comme ça...)

 

 

 

Patrick Dewaere - Coup de tête - La victoire au bout du pied - Allez! Trinquant! Trinquant! Trinquant! But! But! But!

Luchini : "Qu'est-ce qu'il reste de l'individu s'il n'y a plus l'encouragement de "Allez les verts !""