JEAN-LUC GODARD à Robert Bresson, 1966 :

"Je me demande toujours, après : pourquoi ai-je coupé là plutôt que là ? Et chez les autres aussi, c’est la seule chose que je n’arrive pas à comprendre : pourquoi couper ou ne pas couper ?"

ROBERT BRESSON :

"Je crois, comme vous, que c’est une chose qui doit devenir purement intuitive. Si elle n’est pas intuitive, elle est mauvaise. En tout cas, pour moi, c’est la chose la plus importante."

JEAN-LUC GODARD :

"Ça doit pouvoir, quand même, s'analyser..."

(Entretien Godard - Bresson, CAHIERS DU CINEMA N°178, mai 1966 - extrait)

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Cf Jacques Doillon :

"Dire "Moteur" me paraît facile, dire "Coupez" me paraît de plus en plus difficile."

(Cahiers du cinéma n°466, avril 1993,
Fragment 6025 page 970 de "Passage du cinéma, 4992")

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Paul Valéry :

"Quand dire d'une oeuvre qu'elle est achevée ? A quel moment ? Il faudrait un événement-signal"

(Cahiers Poïétique, Pléiade)

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Dominique Païni :

"Quand et pourquoi finir ? Quand et pourquoi couper ou laisser durer une scène ou un plan séquence ? Dramatiser des manques par des ellipses narratives, différer la fin d'un désir en ne bouclant pas une fiction, ouvrir une oeuvre pour que, par ce ratage mortel que constitue un inachèvement, la vie s'y engouffre et finisse d'elle-même le travail. Utopie morale et choix de style. Mais ne s'agit-il pas encore de constater le gouffre qui sépare la représentation et un réel désirable ? Le caractère vestigial de certains films ou leur forme "en débris" (trouvés à la ferraille, dirait Godard) seraient les restes de l'expérience de ce gouffre."

(Dominique Païni, L'expérience du gouffre, L'inachèvement au cinéma,
Cahiers du cinéma 376, Octobre 1985 page 49)

 

Photo : Anna Karina : Paula Nelson
Made in USA, un film de Jean-Luc Godard, 1966

Anna Karina : Paula Nelson - Made in USA (film, Jean-Luc Godard 1966)