Scorsese / Malick, différence de regard : la culpabilité chez Marty le catholique, le don chez Terry, plus assyrien. Notre capacité à être à la hauteur de ce qui nous a été donné, ou de ne pas y être

Scorsese / Malick - Différence de regard.

"Le cinéma de Malick est moins prude qu'on le dit.

Dans Le loup de Wall Street, de Scorsese, on va de partouze en partouze, et de corps féminin en corps féminin, mais la différence de regard entre Scorsese le catholique et Malick, qui porte à mon sens un regard qui vient aussi de l'Orient, du fait que ses origines sont peut-être des origines assyriennes, la différence de regard est considérable.

On sent dans Le loup de Wall Street, à travers l'humour et le sarcasme, on sent quand même une condamnation morale.

Cette condamnation morale, dans Knight of Cups, on ne la sent pas vraiment. On sent surtout l'errance du personnage. Il est entouré de beauté, cette beauté peut-être qu'il ne sait pas la percevoir, il ne sait pas être à la hauteur de cette beauté. Je crois qu'un des thèmes fondamentaux du cinéma de Malick, c'est le thème du don, et de notre capacité à être à la hauteur de ce qui nous a été donné, ou de ne pas y être. Ce sont des sentences, des phrases, qui reviennent souvent dans les films de Terrence Malick : beaucoup de choses nous ont été données, mais finalement peu le savent, et peu savent rendre ce qui a été donné. Lorsque le personnage principal, Rick, dit qu'il a beaucoup reçu, et que lui-même malheureusement il a beaucoup pris et qu'il ne sait pas donner."

Philippe Fraisse

Extrait de France Culture, Projection privée par Michel Ciment - Philippe Fraisse et Pierre Berthomieu, 28.11.2015

Pour la sortie du film de Terrence Malick « Knight of cups » (Casting : Christian Bale, Natalie Portman et Cate Blanchett. En salles le 25 novembre 2015.)

Et la parution de "Un jardin parmi les flammes, Le cinéma de Terrence Malick", de Philippe Fraisse, Editions Rouge profond.

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"Chez Scorsese on sent quand même une condamnation morale" -> Cf la culpabilité chez Scorsese le catholique :

"chez Martin Scorsese, Sharon Stone incarne magnifiquement cette culpabilité qui a terrassé autrefois le cinéaste. Elle fait ressurgir d'un coup ce plaisir et cette douleur d'être absolument coupable, tout ce que le contrebandier recèle secrètement dans ses films, blessure par blessure, depuis quelques années, et qu'il avait confié, avec une totale franchise, à Paul Schrader en janvier 1982 dans un entretien réalisé au bout d'une nuit blanche : "On ne peut pas vivre avec cette culpabilité que je porte. Neuf ans d'analyse. Il faut pourtant apprendre à vivre avec, et c'est pour ça que je fais mes films, que j'essaie de tenir en tournant des films. J'essaie simplement de tenir le coup. Quand j'ai découvert la masturbation, j'étais sûr que des choses terribles allaient m'arriver. Et ça n'a pas manqué. Neuf ans d'analyse. Pour résister, il faut travailler ; travailler à la maison ; descendre travailler au studio ; remonter dormir. Devenir une unité de plus en plus ramassée sur soi-même, en étant seul très souvent." Scorsese est devenu cette "unité" de plus en plus fermée sur elle-même, une unité de production, bientôt de super-productions. Il a travaillé, toujours travaillé. Sept films aux budgets de plus en plus imposants en quinze ans. Quitte à renoncer à la plupart de ses histoires et de ses obsessions, quitte à séduire par la virtuosité de son savoir-faire. Mais lorsque Sharon Stone pleure sur son lit, quelque part dans l'enfer frelaté de Casino, c'est la culpabilité de Scorsese qui revient comme un affect longtemps oublié, profondément enfoui, mais jamais enterré : ses années d'analyse, ses nuits de masturbation, ses pulsions suicidaires et sa maladie faite film. Comme sur un lit de douleur, comme sur un lit d'hôpital." (extrait des Cahiers du Cinéma n°500, page 68, mars 1996, Comme sur un lit d'hôpital, Portrait de Martin Scorsese en cinéaste majeur, par Antoine de Baecque)

 

 

KNIGHT OF CUPS | TERRENCE MALICK | TRAILER

 

 

KNIGHT OF CUPS Terrence Malick – alternative trailer

 

 

MARTIN SCORSESE - LE LOUP DE WALL STREET

 

KNIGHT OF CUPS - TERRENCE MALICK - CHRISTIAN BALE - NATALIE PORTMAN
MARTIN SCORSESE - LE LOUP DE WALL STREET - DICAPRIO

 

 

 

DEMOS COMEDIENNES | Sophie MARECHAL