Gérard Depardieu (1981) :

"(Mon agent) fait un travail sur l'essentiel, sur le choix des personnages. Il a Romy Schneider, Pierre Richard, il a eu Huppert, mais il ne fait pas le même travail avec moi qu'avec eux. Moi j'ai essayé de donner une image de saltimbanque dans la tradition théâtrale. Dans une troupe de théâtre du temps de Molière, on jouait un jeune premier, comme on pouvait jouer les valets. On faisait aussi bien le maître ou le serviteur. C'est ça que j'ai recherché, ne pas limiter mes rôles. J'ai expliqué à Jean-Louis Livi [agent - Artmedia] que je voulais rendre l'acteur à sa juste valeur. Je n'ai pas envie d'être un monstre sacré. S'il devient sacré, c'est parce que les gens l'auront voulu. Comme Brando, il peut faire n'importe quel rôle, ce sera toujours une histoire de monstre. Je ne veux pas me faire chier à me construire une image de monstre sacré. Je veux rendre l'image la plus souple, la plus libre de l'acteur, c'est pour ça que je fais un Zidi et un Resnais. Ce qui peut paraître un peu bizarre.

(...) Cette disponibilité à pouvoir approcher plein de personnages très différents et surtout éviter d'être prisonnier d'un film qui m'a marqué comme acteur dans un certain style. J'ai eu beaucoup de mal à me sortir de l'image de marque des Valseuses. Ils m'ont proposé 25 Valseuses après, que j'ai refusées, bien sûr. Je crois que je suis arrivé avec ces cinq films à montrer cinq images de moi, cinq personnages, cinq formes complètement différentes. C'est peut-être toujours Depardieu avec sa tête, mais il y a une énergie différente, une électricité différente. Mais ça dépend aussi des autres acteurs, je joue beaucoup avec les autres. Si je suis seul dans une scène ça ne m'intéresse pas, d'ailleurs quand je suis seul je ne dis rien, ça ne m'intéresse pas."

Cahiers du cinéma :

"Quand tu travailles un rôle, est-ce que tu cherches à entrer totalement dans le personnage, à "être l'autre", comme De Niro par exemple, jusqu'à devenir méconnaissable ?"

Gérard Depardieu (1981) :

"De Niro, il en a besoin en effet, c'est comme les comédiens qui ont besoin d'un accessoire pour exister. Je n'ai pas envie d'être comme l'autre. Mon seul travail consiste à être suffisamment large, et disponible pour que je sois l'autre sans m'en apercevoir, sans m'en rendre compte. Je fais une grande confiance à ce qui "passe" à ce moment là. De Niro a besoin de faire une recherche, d'accumuler un maximum d'informations pour avoir confiance en lui, et ce jusqu'à l'automatisme total. C'est sa façon de travailler, et je connais bien Bob, c'est peut-être parce qu'il a des problèmes de manque de confiance en lui. Moi, je suis beaucoup plus souple que ça et puis en France on n'a pas les moyens de faire ce genre de recherche. Si je dis à un producteur : excusez-moi, il me faut quatre mois pour aller grossir, tu verras la tête qu'il fera."

(Entretien avec Gérard Depardieu, extraits,
Cahiers du cinéma 323/324, mai 1981)

Photo :

Gérard Depardieu : Jean Lavallée
Ludmila Mikaël : Marie
Yves Montand : Vincent

Vincent, François, Paul... et les autres - Un film de Claude Sautet, sorti en 1974

 

Gérard Depardieu : Jean Lavallée Ludmila Mikaël : Marie Yves Montand : Vincent  Vincent, François, Paul... et les autres - Un film de Claude Sautet, sorti en 1974