La peur de se laisser emporter en utilisant quelque chose de très personnel | Lee Strasberg / Kazan / Braunschweig / Malick / Proust. Si quelqu'un essaie toujours de satisfaire son prochain, comment peut-il faire autrement que d'une façon conventionnelle?

Terrence Malick, A la merveille (To the Wonder) Olga Kurylenko Ben Affleck
Terrence Malick, A la merveille (To the Wonder) Olga Kurylenko Ben Affleck
Terrence Malick, A la merveille (To the Wonder) Olga Kurylenko Ben Affleck
Terrence Malick, A la merveille (To the Wonder) Olga Kurylenko Ben Affleck
Terrence Malick, A la merveille (To the Wonder) Olga Kurylenko Ben Affleck
Terrence Malick, A la merveille (To the Wonder) Olga Kurylenko Ben Affleck
Terrence Malick, A la merveille (To the Wonder) Olga Kurylenko Ben Affleck
Terrence Malick, A la merveille (To the Wonder) Olga Kurylenko Ben Affleck
Terrence Malick, A la merveille (To the Wonder) Olga Kurylenko Ben Affleck
Terrence Malick, A la merveille (To the Wonder) Olga Kurylenko Ben Affleck

Photos : "Peur d'utiliser quelque chose de très personnel" : Terrence Malick utilisant sa propre histoire d'amour pour A la merveille (To the Wonder)

Lee Strasberg (+ Kazan) :

"LA PEUR DE SE LAISSER EMPORTER

L'actrice R., après un exercice de "moment privé" : Au début, j'ai été contrariée parce que je voulais utiliser quelque chose de très personnel. Et j'avais peur.

STRASBERG : De quoi ?

R. : De me laisser emporter.

STRASBERG : Et qu'arriverait-il ?

R. : Je ne voulais pas le faire à fond... mais juste assez pour monter... dans ce métro et m'arrêter à toutes les stations. C'est exprès que je ne me suis pas laissée aller... je ne voulais pas en travaillant mêler... mes propres sentiments... avec...

STRASBERG : Qu'est-ce que cela veut dire ? Si je suis peintre et que je cherche un modèle pour Vénus et que je tombe amoureux de quelqu'un et que je peigne cette personne sous les traits de Vénus et puis que je dise ensuite : "Je ne veux pas mêler mes propres sentiments avec..." Qu'est-ce que cela signifie ? Comment puis-je peindre si je ne suis pas disposé à mêler mes sentiments à ce que je peins ? Il faut alors que j'aie le talent et les moyens de rendre apparents à d'autres gens - qui n'ont pas la même attitude que moi - ma vision, mes sentiments, ma pensée. Mais je ne peux travailler qu'à partir de mon attitude personnelle sinon, comment pourrais-je le faire?

C'est une des choses que j'admire tellement chez Kazan. Quand on aborde certaines situations où je pourrais m'attendre à le voir discuter, il ne le fait pas. Je me mets en colère, je discute la pièce comme si les arguments pouvaient provoquer quelque chose. Lui, se contente de dire : "Je regrette, voici ce que je pense ; j'ai peut-être tout à fait tort ; je ne sais pas ; mais je ne peux faire que ce que je pense. Vous avez sans doute raison, mais il faut que je le fasse à ma façon" ; et c'est quand il en est à ce point que jaillit la création.

Si quelqu'un essaie toujours de satisfaire son prochain, comment peut-il faire quoi que ce soit autrement que d'une façon conventionnelle ? Pour le public, cela n'a pas d'importance, mais l'artiste, lui, n'accomplira jamais rien d'important de cette manière ; c'est impossible ; quand vous montez sur scène, ce doit être avec l'idée de donner votre vie au personnage ; en lui il n'y a pas de vie ; mais seulement un enchaînement de choses qu'exige l'auteur ; sa vie sera votre vie, voilà ce que vous lui donnez."

Lee Strasberg, Le travail à l'Actors Studio,
L'acteur et lui-même,
Gallimard, pages 179-180

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Stéphane Braunschweig, 1996 :

"Un bon acteur pour moi, c'est celui qui me fait entendre un texte comme je ne l'ai jamais entendu. Il faut y mettre beaucoup de soi, parce qu'on l'entendra toujours comme on l'a déjà entendu si on ne s'y engage pas. Pour l'entendre de manière nouvelle ou différente, il faut être vraiment engagé, y mettre de soi. Au fond, c'est quand de l'autobiographique de l'acteur rencontre de l'autobiographique de l'auteur, ce qui veut dire que tout se transforme en intelligence sensible."

Entretien avec Stéphane Braunschweig, 27 décembre 1996,
in Sophie Proust, La Direction d'acteurs dans la mise en scène théâtrale contemporaine,
Les voies de l'acteur, L'Entretemps éditions, page 465

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Terrence Malick à Natalie Portman devenant réalisatrice :

"You make films your way, don’t let anyone else tell you that you need a three-act structure. You just make movies as you experience life."

Photos : Terrence Malick, A la merveille (To the Wonder), avec Olga Kurylenko et Ben Affleck.

Film inspiré de son histoire d'amour personnelle.

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Marcel Proust, le portrait de son amante par un peintre ; portrait du déformant amour :

"Je me rappelais cette tragique explication de tant de nous qu'est un portrait génial et pas ressemblant comme celui d'Odette par Elstir et qui est moins le portrait d'une amante que du déformant amour. Il n'y manquait – ce que tant de portraits ont – que d'être à la fois d'un grand peintre et d'un amant (et encore disait-on qu'Elstir l'avait été d'Odette). Cette dissemblance, toute la vie d'un amant – d'un amant dont personne ne comprend les folies – toute la vie d'un Swann la prouve. Mais que l'amant se double d'un peintre comme Elstir et alors le mot de l'énigme est proféré, vous avez enfin sous les yeux ces lèvres que le vulgaire n'a jamais aperçues dans cette femme, ce nez que personne ne lui a connu, cette allure insoupçonnée. Le portrait dit : « Ce que j'ai aimé, ce qui m'a fait souffrir, ce que j'ai sans cesse vu, c'est ceci. »" (Albertine disparue)

 

 

 

 

DEMOS COMEDIENNES | Sophie MARECHAL