Luchini : Jouvet, Bouquet, ces deux maîtres qui chérissent la dépersonnalisation sont des acteurs à la personnalité écrasante... Sans doute n'est-il pas possible d'énoncer une théorie du jeu de l'acteur : il n'y a que des pratiques d'acteurs singulières

Fabrice Luchini : Jouvet, Bouquet, ces deux maîtres qui chérissent la dépersonnalisation sont des acteurs à la personnalité écrasante... Sans doute n'est-il pas possible d'énoncer une théorie du jeu de l'acteur : il n'y a que des pratiques d'acteurs singulières

 

Fabrice Luchini : "Michel Bouquet me disait toujours : Il faut que tu deviennes normal, apathique. Là, le public peut rentrer dans l'histoire que tu lui racontes. Un acteur n'a pas le droit d'être pittoresque. Jouvet aussi recommandait la même chose à ses élèves du Conservatoire... Mais le mystère, c'est que ces deux maîtres qui chérissent la dépersonnalisation sont en fait des acteurs à la personnalité écrasante... Sans doute n'est-il pas possible d'énoncer une théorie, un mode d'emploi du jeu de l'acteur : il n'y a que des pratiques d'acteurs singulières."

... D'où vous est venu ce goût de lire seul en scène ?

... "Comme aucun metteur en scène réputé talentueux du secteur subventionné ne m'a jamais fait signe - de Vitez à Chéreau - je suis bien obligé de me lancer seul si je veux avancer."

... "Si je ne m'enrichissais pas, si je ne m'éprouvais pas moi-même constamment au contact des grandes oeuvres sur scène, je n'aurais sans doute rien à donner au cinéma."

... "Le but d'un acteur, ce n'est jamais sa propre émotion mais celle qu'il provoque chez les autres. Et il ne la provoquera qu'avec la plus absolue légèreté. C'est le paradoxe de Diderot : seul émeut l'acteur quasi impassible, qui retient sa peine et ses larmes. Celui qui pleure fait au contraire sourire." 

... "Si le comédien veut descendre dans le profond, il se noie, disait Jouvet. Il faut dans sa participation qu'il reste en surface. C'est là qu'il a plus de chances et de facilités pour peser sur l'âme et l'esprit du spectateur."

(1996, Télérama)

 

 

 

DEMOS COMEDIENNES | Sophie MARECHAL