Fabrice Luchini : Au cinéma, j'ai découvert que la somnolence y est essentielle. Si vous êtes somnolent, la caméra fait de vous ce qu'elle veut. Si vous la ramenez trop, vous encombrez. Il faut atteindre cet état que Louis Jouvet qualifiait de vacant

Fabrice Luchini : Au cinéma, j'ai découvert que la somnolence y est essentielle. Si vous êtes somnolent, la caméra fait de vous ce qu'elle veut. Si vous la ramenez trop, vous encombrez. Il faut atteindre cet état que Louis Jouvet qualifiait de vacant

Fabrice Luchini : "Je suis redevenu coiffeur à 25 ans, faute de rôles. ça fait bizarre de refaire des brushings quand on a été acteur principal d'un film avec Michel Bouquet, "Vincent mit l'âne dans un pré". Puis il y a eu Perceval le Gallois, de Rohmer, en 1978. Je suis pourtant resté au moins deux ans au chômage ; je songeais à arrêter, personne ne voulait ne serait-ce que me recevoir. "L'acteur de Perceval ? Non, non, merci, on connaît..." Rohmer ne m'a pas renforcé sur le marché des acteurs à l'époque. Rohmer était prestigieux, mais trop confidentiel, trop déconnecté de la médiocrité naturaliste dominante. C'est après ma première participation à un film d'Eric Rohmer, Le Genou de Claire, que mon agent m'a envoyé dans un cours de théâtre, celui de Jean-Laurent Cochet. Cet enseignement a été la révélation absolue, complète, éblouissante. Rien de ce que disait Cochet sur Feydeau ou Racine ne m'était étranger. Enfin, je n'étais plus exclu. Ma seule obsession d'acteur depuis toujours, l'obsession de ma vie, depuis ma sortie de la coiffure, est le problème de l'écrit. Comment faire s'envoler une langue écrite sans la dénaturer ? Comment retrouver l'impulsion originelle de l'auteur ? Comment éviter que l'oralité ne détruise "les harmonies premières" d'un texte - ça c'est une formule de Paul Valéry ? L'acteur ne doit pas lire l'imprimé, il doit retrouver la force de celui qui l'a écrit. C'est le théâtre qui est mon moteur, c'est là où je me sens le mieux. Je ne vois pas comment les acteurs peuvent vivre sans théâtre. Au cinéma, j'ai découvert que la somnolence y est essentielle. Si vous êtes somnolent, la caméra fait de vous ce qu'elle veut. Si vous la ramenez trop, vous encombrez. Il faut atteindre cet état que Louis Jouvet qualifiait de vacant." (extraits de Fabrice Luchini, Zorro des mots, TELERAMA)

 

 

 

DEMOS COMEDIENNES | Sophie MARECHAL