"Qui veut faire un peu de théâtre avec moi ?"

Ariane Mnouchkine, interrogée sur ses stages de théâtre :

"Ce que nous essayons d'enseigner ? Qu'il n'y a pas de recettes, mais des lois. Ecouter - tout vient de l'autre -, recevoir avant de faire quoi que ce soit, d'ailleurs ne jamais rien faire, ne jamais fabriquer.

Et quelques règles toutes simples. Par exemple : donner une âme complète à son personnage, qu'il puisse être à un moment Einstein ou Desdémone, ou un gros bébé, ou la reine d'Angleterre, ne pas froisser irrémédiablement la page avant d'être entré sur le plateau, ne pas préjuger d'un personnage. Ne pas composer non plus, mais déplier chaque passion, chercher le petit pour trouver le grand : Dieu est dans les détails. Trouver l'état, le sentiment, comme disait Jouvet. Ecouter les nouvelles venues de l'intérieur de soi, comme dit Eschyle. Ecouter les nouvelles venues de l'intérieur de l'autre. Ne pas orner. Savoir qu'il n'y a pas de mouvement sans arrêt, aller d'une immobilité à une autre, comme les danseurs qui s'arrêtent, même en l'air, regardez-les ! Il n'y a pas de musique sans silence. Pas de force sans calme. Pas d'Océan qui ne soit borné par un rivage. Ecouter. Tout est vrai, tout se passe à l'instant même, jamais plus tard, jamais avant, jouer au présent, une seule chose à la fois. Oublier complètement l'état précédent pour pouvoir jouer le présent. Ecouter. Savoir s'abandonner, s'abandonner à la versatilité des états. Ecouter. Voir ce qui se passe en soi certes, mais se voir aussi dans l'Histoire, ne jamais laisser l'imagination se refermer. Le beau stage est celui où, tous, nous découvrons, nous entendons ce qui, depuis toujours, était là. Masqué par le tohu-bohu.

Et, bien sûr, discipline, travail, économie, pas avarice. L'économie, c'est ne pas faire ce qui est inutile comme déplacement, comme geste, comme mots. L'avarice, c'est se contenter d'un vide sec, ne pas faire l'effort pour trouver à l'intérieur de soi ce vide fertile, plein de virtualités.

Par un oubli de soi. Mettre un gros morceau de soi de côté. Certains peuvent, d'autres non. Les outils : le masque, les marionettes, aident à cela."

 

(Ariane Mnouchkine,
Cartoucherie, mercredi 28 avril 2004,
L'art du présent, Entretiens avec Fabienne Pascaud,
Plon, extraits des pages 172-173)

 

Ariane Mnouchkine : Ce que nous essayons d'enseigner dans les stages de théâtre

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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