Lee STRASBERG / STANISLAVSKI / Yoshi OIDA / Marcel PROUST : Par la recherche de la couleur opposée, il obtint le résultat désiré ; une réalité qui était proportionnée à la nature complexe de la réalité de la vie

Lee STRASBERG : "Un jour, Stanislavski travaillait avec Leonidof le rôle d'un avare et il voulait l'empêcher de rester trop accroché à la seule couleur de l'avarice ; il lui dit : "Ne vous préoccupez pas de jouer un avare ; essayez de jouer ce personnage comme s'il cherchait vraiment à tout faire pour tout le monde ; ainsi quand quelqu'un vient vous rendre visite, essayez vraiment de chercher autour de vous ce que vous avez à lui offrir ; vous cherchez vraiment mais vous découvrez que rien n'est assez bon pour lui, et finalement, vous ne lui offrez rien du tout." Il parvint ainsi à éloigner Léonidof de la seule couleur de l'avarice ; quelque chose lui donnait l'air d'un avare, mais en même temps, si quelqu'un l'accusait d'avarice, il pouvait répondre : "Que voulez-vous dire ? Vous êtes fou ?" et se sentir le droit de combattre cette idée. Par la recherche de la couleur opposée, il obtint le résultat désiré et trouva ainsi la base de sa propre croyance, et une réalité qui était proportionnée à la nature complexe de la réalité de la vie."

Le travail à l'Actors Studio, L'acteur et lui-même, Comment aborder un rôle, Gallimard, page 283

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Cf Yoshi Oida : Contradiction. La personne et le personnage. L'être humain est complexe et inattendu

Yoshi OIDA (acteur et metteur en scène) : "Au début des années 1970, la méditation était très en vogue en Europe. A cette époque, je rencontrai un maître de yoga qui semblait très sérieux et avait l'apparence d'un "vrai maître". Or, je savais qu'en Asie les vrais maîtres ne ressemblent pas du tout à cela. Un vrai maître ressemble, au premier abord, à un charlatan. Et la première impression que donnait cet homme était celle d'un "grand maître", j'étais donc certain que c'était un charlatan.

Dans la vie de tous les jours, avant de rencontrer quelqu'un, la réputation de la personne en question induit une image dans notre esprit. Mais dans de nombreux cas, lorsque l'on rencontre enfin la personne, on découvre le contraire de ce que l'on avait imaginé. Ainsi, lorsque je joue un personnage, j'essaie d'abord de faire le contraire absolu de ce qui est attendu. Mais je dois rester prudent. Si je me contente de me concentrer sur le contraire, cela peut tourner au jeu ou à la blague. J'essaie d'abord de "goûter" ce contraire, tout en le reliant à l'histoire et, petit à petit, je le digère intérieurement. J'essaie de ressentir comment cette contradiction résonne avec les mots que je dis et les choses qui m'entourent. Je ne cherche pas à être original ou créatif, ce n'est qu'un jeu de dupes. Mais je m'efforce de découvrir des éléments imprévus, tout en cherchant le vrai. Si, à un moment, au cours de la construction de mon personnage, je sens que je dois hurler les mots, alors j'essaie plutôt de dire mon texte en riant. L'être humain est complexe et inattendu."

Yoshi Oida, L'acteur rusé,
Le temps du théâtre, ACTES SUD, page 88

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Marcel Proust : "encore faudrait-il la peindre comme Elstir peignait la mer, par l'autre sens, et partir des illusions, des croyances qu'on rectifie peu à peu, comme Dostoïevski raconterait une vie."

"La princesse Sherbatoff (...). Je la reconnus aussitôt ; cette femme, qui pouvait avoir perdu sa situation mais n'en était pas moins d'une grande naissance, qui en tout cas était la perle d'un salon comme celui des Verdurin, c'était la dame que, dans le même train, j'avais cru, l'avant-veille, pouvoir être une tenancière de maison publique".

JACQUES WEBER - L'AVARE

 

 

 

DEMOS COMEDIENNES | Sophie MARECHAL