Stéphane Braunschweig, direction d'acteur : Je pense être de manière cohérente assez contradictoire ; si l'on ne se trompe pas, on ne fait jamais rien. Le travail de mise en scène est un travail de strates ; une couche de telle couleur, une autre...

Stéphane Braunschweig (1996) : "Je pense être de manière cohérente assez contradictoire, je peux tout à fait dire à un acteur une chose et lui dire exactement le contraire le lendemain. Dans une certaine recherche, cela peut être contradictoire tout en étant cohérent. Il faut voir sur quoi serait basée la cohérence. Il ne s'agit pas d'être cohérent en disant qu'un personnage a une cohérence psychologique. Effectivement je ne suis pas artisan d'une cohérence psychologique, mais j'essaye d'être cohérent sur ce que l'acteur fait et sur ce qu'il va raconter à travers son parcours sur le plateau, qu'on puisse le suivre. J'essaie donc de trouver une cohérence à son travail, à son parcours, mais ce n'était pas ça la question. Cohérent... Je suis plutôt assez instinctif quand je dirige, donc j'essaye évidemment de tenir compte de ce que j'ai déà dit, mais cela m'arrive vraiment de donner des indications contradictoires, et ce n'est pas forcément grave, parce qu'on a le droit de se tromper, on peut très bien s'être trompé, ou se tromper au moment où on le fait ; si l'on ne se trompe pas, on ne fait jamais rien. Et puis de temps en temps, ce qu'on cherche, c'est exactement l'endroit de la contradiction ; aussi a-t-on besoin de tirer dans un sens et dans l'autre."

"Pour moi, le travail de mise en scène est un travail de strates, c'est-à-dire qu'on accumule des strates, des couches, et puis à la fin, on devrait avoir presque cette sensation de l'épaisseur, une épaisseur un peu transparente, que l'ensemble des couches ne cache pas, qui ne fait pas obstacle à la visibilité, à la clarté, au rapport direct avec ce qui se passe pour le spectateur. J'aime bien quand je sens un peu les strates du travail, qu'il va y avoir une couche de telle couleur, une autre  un peu plus comme ça, jusqu'à ce que cela crée une harmonie." 

Entretien avec Stéphane Braunschweig, 27 décembre 1996,
in Sophie Proust, La Direction d'acteurs dans la mise en scène théâtrale contemporaine,
Les voies de l'acteur, L'Entretemps éditions, extraits des pages 462 et 460

Stéphane Braunschweig - mise en scène du Conte d’hiver, présentée en 1993 au Centre dramatique national (CDN) d’Orléans - Photo : Acte 4, scène 4, la Pastorale. © Élisabeth Carecchio.

 

 

 

DEMOS COMEDIENNES | Sophie MARECHAL