Proust - À la recherche du temps perdu par Nina Companeez | Micha Lescot : le narrateur - Caroline Tillette : Albertine Simonet
Proust - À la recherche du temps perdu par Nina Companeez | Micha Lescot : le narrateur - Caroline Tillette : Albertine Simonet
Abbey Lee | THE NEON DEMON | Nicolas Winding Refn, 2016
Abbey Lee | THE NEON DEMON | Nicolas Winding Refn, 2016
Abbey Lee | THE NEON DEMON | Nicolas Winding Refn, 2016
Abbey Lee | THE NEON DEMON | Nicolas Winding Refn, 2016
Abbey Lee | THE NEON DEMON | Nicolas Winding Refn, 2016

Roland Barthes : "Le corps de l'autre. Proust. Parfois une idée me prend : je me mets à scruter longuement le corps aimé (tel le narrateur devant le sommeil d’Albertine). Scruter veut dire fouiller : je fouille le corps de l’autre, comme si je voulais voir ce qu’il y a dedans, comme si la cause mécanique de mon désir était dans le corps adverse (je suis semblable à ces gosses qui démontent un réveil pour savoir ce qu’est le temps). Cette opération se conduit d’une façon froide et étonnée ; je suis calme, attentif, comme si j’étais devant un insecte étrange, dont brusquement je n’ai plus peur. Certaines parties du corps sont particulièrement propres à cette observation : les cils, les ongles, la naissance des cheveux, les objets très partiels. Il est évident que je suis alors en train de fétichiser un mort. La preuve en est que, si le corps que je scrute sort de son inertie, s’il se met à faire quelque chose, mon désir change ; si, par exemple, je vois l’autre penser, mon désir cesse d’être pervers, il redevient imaginaire, je retourne à une Image, à un Tout : de nouveau, j’aime. (Je voyais tout de son visage, de son corps, froidement : ses cils, l’ongle de son orteil, la minceur de ses sourcils, de ses lèvres, l’émail de ses yeux, tel grain de beauté, une façon d’étendre les doigts en fumant ; j’étais fasciné - la fascination n’étant en somme que l’extrémité du détachement - par cette sorte de figurine coloriée, faïencée, vitrifiée, où je pouvais lire, sans rien y comprendre, la cause de mon désir.)" 

Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux, OC V, page 101

"The Other's Body. Proust. Sometimes an idea occurs to me: I catch myself carefully scrutinizing the loved body (like the narrator watching Albcrtine asleep). To scrlllillizt! means 10 search: I am searching the ot her's body, as if I wan ted to see what was inside it, as if the mechanical cause of my desire were in the ad ve rse body ( I am like those children who take a clock apart in order to fi nd out what time is). This operation is conducted in a cold and astonished fa shion; I am calm, attentive, as if I were confronted by a strange insect of which I am suddenly / 10 longer a/raid. Certain parts of the body are particularly appropriate to th is observatioll; eyelashes, nails, roots of the hair, Ihe incomplete objects. It is ohvious that I am then in Ihe process of fetishizing a corpse. As is proved by the fact that if the body r am scrutinizing happens to emerge from its inertia, if it begins doing something, my desire changes;if for instance I sec the other thinking, my desire ceases to be perverse, it again becomes imaginary, I return to an Image, 10 a Whole: once again, I love. (I was looking al everything in the other's face, the other's body, cold ly: lashes, toenail, thin eyebrows, thin lips, the luster of the eyes, a mole, a way of holding a cigarette; I was fascinated- fascination being, after all, only the extreme of detachment-by a kind of calaTed ceramicized, vitrified figurine in which I could read, without understanding anything about it, fhe cause of my desire.)"

Roland Barthes, A Lover's Discourse, FRAGMENTS - Translated by Richard Howard

Photos : 

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