NATALIE PORTMAN : JACKIE | PABLO LARRAIN
NATALIE PORTMAN : JACKIE | PABLO LARRAIN

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"une mèche, une façon d'écarter les doigts en parlant, en fumant ?" - Roland BARTHES

Roland BARTHES :

"PROUST : scène de la spécialité du désir : rencontre de Charlus et de Jupien dans la cour de l'Hôtel de Guermantes. 

Il a fallu beaucoup de hasards, beaucoup de coïncidences surprenantes (et peut-être beaucoup de recherches), pour que je trouve l'Image qui, entre mille, convient à mon désir. C'est là une grande énigme dont je ne saurai jamais la clef : pourquoi est-ce que je désire Tel ? Pourquoi est-ce que je le désire durablement, langoureusement ? Est-ce tout lui que je désire (une silhouette, une forme, un air) ? Ou n'est-ce seulement qu'un morceau de ce corps ? Et, dans ce cas, qu'est-ce qui, dans ce corps aimé, a vocation de fétiche pour moi ? Quelle portion, peut-être incroyablement ténue, quel accident ? La coupe d'un ongle, une dent un peu cassée en biseau, une mèche, une façon d'écarter les doigts en parlant, en fumant ? De tous ces plis du corps, j'ai envie de dire qu'ils sont adorables. Adorable veut dire : ceci est mon désir, en tant qu'il est unique : "C'est ça ! C'est exactement ça (que j'aime) !" Cependant, plus j'éprouve la spécialité de mon désir, moins je peux la nommer ; à la précision de la cible correspond un tremblement du nom ; le propre du désir ne peut produire qu'un impropre de l'énoncé. De cet échec langagier, il ne reste qu'une trace : le mot "adorable" (la bonne traduction de "adorable" serait l'ipse latin : c'est lui, c'est bien lui en personne)."

Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux, OC V, page 49

ENGLISH. "PROUST: Scene of the specially of desire. It has taken many accidents, many surprising coincidences (and perhaps many efforts), for me to find the Image which, out of a thousand, suits my desire. Herein a great enigma, to which I shall never possess the key: Why is it that I desire So-and-so? Why is it that I desire So-and-so lastingly, longingly? Is it the whole of So-and-so I desire (a silhouette, a shape, a mood) ? And, in that case, what is it in this loved body which has the vocation of a fetish for me? What perhaps incred ibly tenuous portion-wh'at accident? The way a nail is cut, a tooth broken slightly aslant, a lock of hair, a way of spreading the fingers while talking, while smoking? About all these folds of the body, I want to say that they are adorable. Adorable means: this is my desire, insofar as it is unique: "That's it! That's it exactly (which I love) !" Yet the more I experience the speciaJty of my desire, the less I can give it a name; to the precision of the target corresponds a wavering of the name; what is characteristic of desire, proper to desire, can produce only an impropriety of the utterance. Of this failure of language, there remains only one trace: the word "adorable" (the right translation of "adorable" would be the Latin ipse: it is the self, himself, herself, in person)." (Roland Barthes / Proust / Adorable, A Lover's Discourse, FRAGMENTS - Translated by Richard Howard)

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Marcel PROUST :

La mèche de Morel :

"Avouez, Brichot, qu'ils ont joué comme des Dieux, Morel surtout. Avez-vous remarqué le moment où la mèche se détache ? Ah ! bien alors, mon cher, vous n'avez rien vu. On a eu un fa dièse qui peut faire mourir de jalousie Enesco, Capet et Thibaud ; j'ai beau être très calme, je vous avoue qu'à une sonorité pareille, j'avais le coeur tellement serré que je retenais mes sanglots. La salle haletait ; Brichot, mon cher, s'écria le baron en secouant violemment l'universitaire par le bras, c'était sublime. Seul le jeune Charlie gardait une immobilité de pierre, on ne le voyait même pas respirer, il avait l'air d'être comme ces choses du monde inanimé dont parle Théodore Rousseau, qui font penser mais ne pensent pas. Et alors, tout d'un coup, s'écria M. de Charlus avec emphase et en mimant comme un coup de théâtre, alors... la Mèche ! Et pendant ce temps-là, gracieuse petite contredanse de l'allegro vivace. Vous savez, cette mèche a été le signe de la révélation, même pour les plus obtus. La princesse de Taormine, sourde jusque-là, car il n'est pas pires sourdes que celles qui ont des oreilles pour ne pas entendre, la princesse de Taormine, devant l'évidence de la mèche miraculeuse, a compris que c'était de la musique et qu'on ne jouerait pas au poker." (Charlus, PROUST, La Prisonnière)

ENGLISH. "Admit, Brichot, that they played like gods, Morel especially. Did you notice the moment when that lock of hair came loose? Ah, then, my dear fellow, you saw nothing at all. There was an F sharp at which Enesco, Capet and Thibaut might have died of jealousy; I may have appeared calm enough, I can tell you that at such a sound my heart was so wrung that I could barely control my tears. The whole room sat breathless; Brichot, my dear fellow,” cried the Baron, gripping the other’s arm which he shook violently, “it was sublime. Only young Charlie preserved a stony immobility, you could not even see him breathe, he looked like one of those objects of the inanimate world of which Théodore Rousseau speaks, which make us think, but do not think themselves. And then, all of a sudden,” cried M. de Charlus with enthusiasm, making a pantomime gesture, “then... the Lock! And all the time, the charming little country-dance of the allegro vivace. You know, that lock was the symbol of the revelation, even to the most obtuse. The Princess of Taormina, deaf until then, for there are none so deaf as those that have ears and hear not, the Princess of Taormina, confronted by the message of the miraculous lock, realised that it was music that they were playing and not poker. Oh, that was indeed a solemn moment."  (Marcel Proust - Translated from the French by C. K. Scott Moncrieff)

Adorable

"alors tout le brusque remplacement, dans la figure rose, de ma longue inquiétude par une quiétude délicieuse, me rendait encore plus précieuses ces formes auxquelles je devais perpétuellement le bien-être, l'apaisement qu'on éprouve après qu'un orage a éclaté. Je me répétais : « Comme elle est gentille, quel être adorable ! »"

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Annual Critics' Choice Awards | Best Actress (Winner) : Natalie Portman JACKIE - PABLO LARRAIN

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POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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