Orson Welles : tout d'un coup, je n'avais plus le droit de mettre les pieds sur le plateau ! Le film était trop noir, trop étrange pour eux. On m'a fichu à la porte. J'ai eu le coeur brisé de ne pas avoir pu continuer

Orson Welles : "J'ai eu le coeur brisé de ne pas avoir pu continuer. J'étais absolument sûr de faire des tas d'autres films pour Universal quand j'ai été viré : c'était très traumatisant. Parce que j'étais sûr de moi. Tous les soirs, ils m'inondaient de compliments sur les rushes. "Alors, quand allez-vous nous le signer, ce contrat pour quatre ou cinq films ? N'hésitez pas à venir nous voir." Tous les jours, on me demandait de signer ce contrat. Et quand j'ai montré la version finale (de La Soif du Mal), on m'a fichu à la porte.

- Sans donner d'explications ?

- Aucune. Le film était trop noir, trop étrange pour eux. Cela reste un mystère. Il y a quelque chose qui manque, et je ne sais pas quoi, je ne comprendrai jamais. C'est le seul problème que j'aie jamais eu dont je n'entrevois même pas la cause. Le film les a retournés d'une drôle de façon. Dans le milieu du cinéma, on n'aimait pas du tout l'humour noir, celui qu'on adore aujourd'hui. Les films n'étaient pas si noirs il y a dix ou douze ans. Ils n'ont pas compris où je voulais en venir. Et moi qui croyais enfin avoir trouvé mon chez moi ! A les entendre parler, je me disais : "Bon, je vais passer trois ou quatre ans à faire des films pour Universal". Et tout d'un coup, je n'avais plus le droit de mettre les pieds sur le plateau ! Il y avait un garde à la porte qui m'empêchait d'entrer. Ils étaient choqués, ils s'étaient sentis insultés par le film. Blessés et insultés... Je les avais entraînés dans une sinistre aventure. C'était triste pour moi que cela tourne de cette façon, car j'étais bien décidé à rester aux Etats-Unis. C'est ici que je préfère faire des films."

(Moi Orson Welles
Orson Welles & Peter Bogdanovich, Belfond, pages 339-340)

ORSON WELLES - LA SOIF DU MAL - Hank Quinlan
ORSON WELLES - LA SOIF DU MAL - Marlene Dietrich : Tanya
ORSON WELLES - LA SOIF DU MAL - Marlene Dietrich : Tanya

 

 

 

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