Philippe Léotard : "La Pirate, de Doillon. Après La Balance, j'étais resté presque un an au chômage, et après le César, encore un an. A la question "Qu'est-ce que vous allez faire maintenant ?", j'avais eu la connerie de répondre : "Bien sûr, j'arrête", pour plaisanter, évidemment, mais on prend souvent ça au pied de la lettre. Pendant deux ans, je n'avais fait que mes trois mois de théâtre à Nanterre. Et comme depuis longtemps, le cinéma n'est plus mon métier (c'est vraiment ma vie, intégralement), pendant ces deux années, des monstres ont commencé à s'agiter là-dedans, j'ai commencé à avoir des troubles, ça commençait à somatiser... Je rencontre Jacques (Doillon), on passe une nuit à parler avec Nuytten et je lui dis : "Est-ce qu'il y a une chance pour qu'un personnage (je ne peux pas dire ce qu'il est, mais il existe fort) puisse entrer, se glisser dans ton film ? Ce n'est pas un personnage que je veux fabriquer, c'est un mec que je veux jeter par la portière". Par exemple, c'était le bandit corse (je portais mon chapeau), c'était le côté dégueulasse, c'était tout un côté de moi-même que je voulais "virer". Mais virer, pour moi, c'est créer, c'est virer dans un film, dans un entonnoir qui m'excite, et Jacques est un type qui m'excite depuis longtemps. Qu'il ait accepté, je l'aimerai pour toujours à cause de ça : il faut une humilité fantastique de la part d'un metteur en scène, d'un artiste, comme Jacques. C'est plus qu'un metteur en scène, c'est une âme, pour accepter qu'un guignol qui n'a plus travaillé depuis deux ans lui dise : "Ecoute, je voudrais me débarrasser de quelques glaires dans ton film. ça serait gentil". Là, il était obligé que ce soit moi qui écrive le dialogue. Je me souviendrai toujours de cette scène devant le casino où on cherchait quoi faire dire à ce personnage, et je pensais à mon père, c'était Cabourg, je pensais à Proust, à Chateaubriand et tout d'un coup, la phrase du Dernier Abencerage m'est arrivée en pleine tronche, la phrase où la mère dit à son fils, le dernier roi de Grenade : "Pleure maintenant comme une femme ce royaume que tu n'as pas su défendre comme un homme"... ça a supprimé trois pages de dialogues et trois heures qu'on allait couper : quand il arrive en voiture, le mari dit : "Qu'est-ce qu'il reste à faire ?" et je lui réponds : "Eh ben, maintenant, tu pleures comme une fille ce que t'as pas su garder comme un mec, qu'est-ce que tu veux que je te dise !"."

Extrait d'un entretien avec Philippe Léotard, réalisé par Alain Bergala, Hervé Le Roux et Fabrice Revault d'Allonnes, 
L'attente des acteurs, Vive la crise !,
Cahiers du Cinéma 371/372 Cinéma Français : L'Enjeu Scénario, mai 1985

"Lorsque Boabdil, dernier roi de Grenade, fut obligé d'abandonner le royaume de ses pères, il s'arrêta au sommet du mont Padul. De ce lieu élevé on découvrait la mer où l'infortuné monarque allait s'embarquer pour l'Afrique ; on apercevait aussi Grenade, la Véga et le Xénil, au bord duquel s'élevaient les tentes de Ferdinand et d'Isabelle. A la vue de ce beau pays et des cyprès qui marquaient encore çà et là les tombeaux des musulmans, Boabdil se prit à verser des larmes. La sultane Aïxa, sa mère, qui l'accompagnait dans son exil avec les grands qui composaient jadis sa cour, lui dit : "Pleure maintenant comme une femme un royaume que tu n'as pas su défendre comme un homme !" Ils descendirent de la montagne, et Grenade disparut à leurs yeux pour toujours." (Chateaubriand, Les aventures du dernier Abencerage, 1810)

Photos : 

Jacques Doillon "La pirate", 28e jour de tournage
Reportage pendant le tournage sur un ferry-boat entre la France et l'Angleterre du film de Jacques DOILLON, "La pirate". DOILLON prend plusieurs prises d'une scène avec Jane BIRKIN, Philippe LEOTARD et Laure MARSAC dans le rôle de l'enfant.

Jacques Doillon La pirate, 28e jour de tournage Reportage pendant le tournage sur un ferry-boat entre la France et l'Angleterre du film de Jacques DOILLON, La pirate. DOILLON prend plusieurs prises d'une scène avec Jane BIRKIN, Philippe LEOTARD et Laure MARSAC dans le rôle de l'enfant
Jacques Doillon La pirate, 28e jour de tournage Reportage pendant le tournage sur un ferry-boat entre la France et l'Angleterre du film de Jacques DOILLON, La pirate. DOILLON prend plusieurs prises d'une scène avec Jane BIRKIN, Philippe LEOTARD et Laure MARSAC dans le rôle de l'enfant
Jacques Doillon La pirate, 28e jour de tournage Reportage pendant le tournage sur un ferry-boat entre la France et l'Angleterre du film de Jacques DOILLON, La pirate. DOILLON prend plusieurs prises d'une scène avec Jane BIRKIN, Philippe LEOTARD et Laure MARSAC dans le rôle de l'enfant
Jacques Doillon La pirate, 28e jour de tournage Reportage pendant le tournage sur un ferry-boat entre la France et l'Angleterre du film de Jacques DOILLON, La pirate. DOILLON prend plusieurs prises d'une scène avec Jane BIRKIN, Philippe LEOTARD et Laure MARSAC dans le rôle de l'enfant
Erika Linder / Galvan London 2018

 

Erika Linder

Galvan London 2018

"Erika Linder throws enough spiky, smoldering attitude at the screen to make her a compelling cipher; it’s a debut hopefully striking enough to command fuller, more testing roles." - VARIETY

 

Erika Linder / Galvan London 2018

 

Erika Linder
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