Jacques Rancière : "(...) Ainsi dans Les Spécialistes la présence féminine est purement élément de décor. (...) Marche à l'ombre est plus significatif. Quand Sophie Duez entre dans le champ on s'attend toujours à ce qu'elle vienne émettre un message publicitaire pour un produit quelconque. (...) Ces femmes parachutées dans des films où leur premier mot est généralement pour dire qu'elles n'en ont "rien à foutre" de tout ça (les problèmes des hommes) me font penser à la fille de la publicité Prisunic ("Il a des problèmes, ce type"). Elles sont dans tous ces films un corps étranger, souvent lié à un certain style de décor : un décor de magazine moderniste papier glacé très stéréotypé. Elles n'ont aucune place dans la structure de l'action fondée sur le couple masculin et elles sont si étrangères à tout désir des personnages qu'il faut souvent pour préserver le minimun d'érotisme qui rentre dans la recette leur faire prendre un bain ou une douche. "Erotisme" du corps propre. L'image de la femme, naguère porteuse de l'interdit ou de l'impossible, n'est plus là que pour dire à l'inverse qu'il n'y a plus d'impossible ni d'interdit, seulement des biens de consommation dont la hiérarchie teste la capacité du tandem à se débrouiller. Le symbole sexuel a été entièrement résorbé dans la fonction d'émission du message publicitaire. (...)"

Extrait de HISTOIRES D'EN FRANCE - La visite au peuple, Entretien avec Jacques Rancière,
CAHIERS DU CINEMA n°371/372 Cinéma Français : L'Enjeu Scénario (Mai 1985)

AFFICHE MARCHE A L'OMBRE
AFFICHE LES SPECIALISTES