La forme au cinéma. Entretien Godard - Bresson

JEAN-LUC GODARD
Et comment voyez-vous les questions de forme — si l'on peut dire ? Je sais bien qu'on n'y pense pas tellement, en tout cas pendant, mais on y pense avant, et on y pense après. Par exemple, quand on découpe, on n'y pense pas. En même temps, je me demande toujours, après : pourquoi ai-je coupé là plutôt que là ? Et chez les autres aussi, c’est la seule chose que je n’arrive pas à comprendre : pourquoi couper ou ne pas couper ?

ROBERT BRESSON
Je crois, comme vous, que c’est une chose qui doit devenir purement intuitive. Si elle n’est pas intuitive, elle est mauvaise. En tout cas, pour moi, c’est la chose la plus importante.

JEAN-LUC GODARD
Ça doit pouvoir, quand même, s'analyser...

ROBERT BRESSON
Moi, je ne vois mon film que par la forme. C’est curieux : quand je le revois, je ne vois plus que des plans. Je ne sais pas du tout si le film est émouvant ou non.

JEAN-LUC GODARD
Je crois qu'il faut très longtemps pour arriver à voir un de ses films. Un jour, vous vous trouvez dans un petit village, au Japon ou ailleurs, et puis vous revoyez votre film. A ce moment-là. on peut le recevoir comme un objet inconnu, au même titre qu’un spectateur normal. Mais je crois qu’il faut vraiment très longtemps. Il faut aussi ne pas être préparé à recevoir le film.

ROBERT BRESSON 
Pour moi, et j’y reviens, j’attache une énorme importance à la forme. Enorme. Et je crois que la forme amène les rythmes. Or, les rythmes sont tout puissants. C’est la première chose. Même quand on fait le commentaire d'un film, ce commentaire est d'abord vu, senti, comme un rythme. Ensuite, il est une couleur (il peut être froid ou chaud), ensuite, il a un sens. Mais le sens arrive en dernier.

(Entretien avec Robert Bresson,
par Jean-Luc Godard et Michel Delahaye,
Propos recueillis au magnétophone.
Cahiers du cinéma 178, mai 1966, pages 34-35)

Photo : Laetitia Carcano : Edwige Le Diable probablement, un film de Robert Bresson (1977)

Photo : Laetitia Carcano : Edwige
Le Diable probablement, un film de Robert Bresson (1977)

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Au cinéma le 12 juillet : Song to Song / Terrence MALICK

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

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