Gérard Brach, écriture de scénario :

"Plutôt que de chercher à raconter l'histoire sans commettre de fautes, j'ai tendance à provoquer des fautes et à m'en servir. Et j'essaie de n'avoir peur de rien, surtout pas du ridicule. (...)

Je n'aime pas, je ne souhaite pas écrire pour des acteurs définis. Si tu le fais, se glisse sournoisement ou franchement, le sentiment qu'il faut lui plaire, le séduire, cet acteur ou cette actrice. Or, il ne faut chercher à plaire à personne, surtout pas aux acteurs et encore moins à soi-même. J'ai eu le privilège de réaliser un film avec Michel Simon. Je l'avais écrit longtemps avant de le rencontrer et il n'a pas demandé que soit modifié quoi que ce soit. Il était en accord avec ce que je tente d'expliquer ici. En fait, s'il y a un sens dans lequel il est bon d'aller le plus loin possible, c'est de créer des personnages qui, paradoxalement, ne sont pas pour les acteurs. Mais ce sont eux qui, avec leur talent, doivent devenir les personnages. Je ne parle évidemment pas du système balourd du contre-emploi aussi pernicieux, me semble-t-il, que celui de la complaisance. (...) Pour certain ou certaine il serait aimable envers le cinéma qu'ils sortent de temps en temps de la routine soporifique du succès programmé afin de participer à une seconde jeunesse cinématographique d'eux-mêmes ; audacieuse, insolente, inconfortable, périlleuse."

Le cinéma des scénaristes : L'art de se surprendre, entretien avec Gérard Brach, par Alain Bergala,
extraits, Cahiers du Cinéma n°371/372, Cinéma Français : L'Enjeu Scénario, mai 1985

Roman Polanski, Catherine Deneuve, Gérard Brach, Jean-Luc Godard