John Cassavetes :

"en tant que metteur en scène, j’étais tombé amoureux de ma caméra, à la minute même où je l’avais eue entre les mains, et je me contentais d’exploiter la technique cinématographique, recherchant le rythme pour le rythme, utilisant des grands angulaires, filmant à travers arbres et fenêtres. J’obtins un rythme plaisant, mais qui n’avait rien à voir avec mes personnages. Or, c’est sur eux que vous devez centrer l’intérêt, car c’est eux que les spectateurs iront voir.

Ce que dans la profession nous appelons parfois un beau plan ne les intéresse pas vraiment, parce qu’ils regardent les gens sur l’écran et nous, artistes, nous devrions comprendre que la seule chose importante est un bon acteur.

Nous nous remîmes au travail, et j’essayai de filmer du point de vue de l’acteur. Et je crois que nous avons réussi, car les acteurs sont magnifiques, alors qu’auparavant on n’arrivait pas à les reconnaître derrière tous ces arbres et ces voitures.

La seule chose qui m’a aidé dans la mise en scène est ma formation d’acteur. J’ai pu mieux prendre conscience des problèmes de l’acteur ou de sa paresse, et je crois que c’est la seule manière pour un metteur en scène de comprendre réellement la mentalité du comédien, quand on n’a pas des années d’expérience derrière soi."

extraits de
John CASSAVETES, Derrière la caméra
(Propos recueillis au magnétophone. By kind permission of Films and Filming, London 1961. Traduction de Louis Marcorelles.)
CAHIERS DU CINEMA n°119, mai 1961

Photo : Lelia Goldoni et Anthony Ray : Shadows, un film de John Cassavetes, 1959

Photo : Lelia Goldoni et Anthony Ray : Shadows, un film de John Cassavetes, 1959