Stéphane Audran / LES BICHES

Les Biches, Claude Chabrol

Stéphane Audran, sur Claude Chabrol, sa vision des femmes et sa direction d'acteurs. Tournage des Bonnes femmes

"Je ne me suis pas penchée sur sa vision des femmes. Mais il ne faut pas voir les femmes, il faut voir ce que la société a fait des femmes, c'est ça le point de vue de Chabrol, je crois." "Il a le respect de ce que donne spontanément l'acteur, mais quand ça ne va pas dans le sens du film, il remet les pendules à l'heure. Dans les plans séquences, on propose ensemble, et c'est le point de vue du metteur en scène qui l'emporte. Il faut être très obéissant, surtout avec Chabrol. Pour certaines scènes, il est extrêmement précis et l'acteur n'a plus besoin de penser à quoi que ce soit car c'est la caméra qui prend son rôle en charge, c'est la caméra qui donne, par ses mouvements et par l'objectif choisi, ce que Chabrol veut rendre. Il y a des moments où c'est purement technique, et il faut l'accepter car, finalement, c'est superbe. Chabrol m'apprenait ce qu'était le cinéma, et moi j'essayais de lui faire comprendre les problèmes des actrices. Il est devenu un très bon directeur d'acteurs." "Il existait une envie de s'amuser qui m'allait bien car j'ai fait ce métier parce que je voulais "être en récréation" tout le temps. L'idéal, c'est quand on s'amuse du matin au soir, et c'est ce que Chabrol est l'un des seuls à avoir compris et mis en pratique. J'ai refusé des rôles pour des raisons diverses. J'étais habituée avec Chabrol à des conditions très particulières et très agréables. J'ai bien ri avec Buñuel aussi. Quand je l'ai rencontré, il m'a dit : "Ne pensez à rien". Et c'est vrai que des idées trop précises sur un personnage vous entraînent en pleine illusion..."

(Cahiers du cinéma, octobre 1997, Propos recueillis par Thierry Jousse et Frédéric Strauss)

Stéphane Audran : "J'ai rarement ri autant sur un tournage. Avec Bernadette, nous étions hystériques, nous étions très méchantes avec la pauvre Clotilde Joano, et Claude observait cette cruauté des femmes entre elles avec un certain intérêt. C'était un tournage halluciné, on n'était plus sur terre, je ne sais pas où on était. Il y avait surtout beaucoup d'électricité et d'ailleurs tout se passait dans un magasin d'électro-ménager ! C'était dans l'air, nous n'arrêtions pas, nous étions diaboliques ! Je me souviens qu'on a tourné une scène dans une piscine, et notre obsession était de mettre tout le monde à l'eau. Les producteurs nous considéraient comme des pestes, ils se cachaient pour éviter d'y passer. On a poussé un photographe assez âgé - en tout cas on le trouvait très vieux - dans la piscine avec tous ses appareils, et il ne savait pas nager !"

(Entretien avec Stéphane Audran, réalisé par Thierry Jousse et Frédéric Strauss, à Paris le 15 juillet 1997, Cahiers du cinéma, octobre 1997, Spécial Claude Chabrol, page 55) 

Claude Chabrol : "Ils ont cru que je n’aimais pas mes personnages, car ils croient que, pour aimer les gens, il faut les déifier. Ce n’est pas vrai. Au contraire, ce sont ceux qui ne les aiment pas, qui les déifient. (...) Moi, j’aime bien mes personnages. Je ne suis pas pessimiste sur les gens, mais sur la façon dont ils vivent. (...) Quant aux quatre bonnes femmes, elles ne sont pas montrées comme des imbéciles. Seulement, elles sont abruties par leur façon de vivre et par leurs lectures. Il est vrai qu’on aurait pu les montrer en train de lire « Nous Deux » ou des trucs de ce genre, mais j’ai pensé qu’il était suffisant de le suggérer. C’est tellement évident qu’il n’y avait pas besoin de le préciser."

(Cahiers du cinéma n°138, décembre 1962)

 

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Affiche film LES BONNES FEMMES / CLAUDE CHABROL