Catherine Breillat : On ne devient pas une grande actrice par hasard. L'incroyable beauté des stars, elle l'a acquise de l'intérieur. On n'imagine le travail auquel Isabelle Huppert s'astreint que lorsqu'on voit les notes dont elle macule ses scripts

 

Catherine Breillat :

"On ne devient pas une grande actrice par hasard. On n'imagine le travail auquel Isabelle Huppert s'astreint que lorsqu'on voit par hasard - elle les cache jalousement - les notes dont elle macule ses scripts. Pour tout arracher à elle-même, aux méandres de sa vie privée. Même son inconscient est aussi implacablement mis au pillage pour devenir notre inconscient collectif." (...)

"Contrairement à ce qu'on croit au cinéma, les difficultés ne tiennent jamais aux spectaculaires péripéties physiques comme on les voit accomplies par Belmondo : elles sont internes. On ne crée pas un personnage, on l'incarne. C'est ce qui rend toutes les actrices si fragiles, cette schizophrénie permanente. Mais si Isabelle n'est pas vraiment fragile, c'est qu'elle s'est fait de cette fragilité une force en creux. Ceci la rend incroyablement fiable. Sur un tournage, elle est l'auxiliaire absolue d'un metteur en scène. Un rêve." (...)

"Tout est travail. Même être belle.
Isabelle l'est devenue sans artifice, à force de volonté et d'intelligence. Au cours des films, elle s'est modelé un regard, des pommettes, une bouche. L'incroyable beauté des stars, elle l'a acquise de l'intérieur, comme si c'était à la portée de n'importe qui."

"C'est cela, le mystère d'Isabelle Huppert; c'est de savoir être n'importe qui, comme personne." 

Catherine Breillat : Huppert. Paris-Match, 16 mai 1980,
in Cahiers du Cinéma, Histoires de Cannes 1939-1996, numéro spécial, avril 1997, extraits de la page 111