Emma Roberts / Palo Alto

Photo : Emma Roberts / Palo Alto

Combien de fois faut-il écouter un morceau pour l’aimer?

 

«L’effet de préférence fonctionne à partir de la deuxième écoute, des études le montrent bien, m’explique Hervé Platel, professeur de neuropsychologie à l’université de Caen, qui étudie les liens entre musique et cerveau. On fait écouter à des individus une liste d’extraits musicaux qu’ils ne connaissent pas, on attend quelques minutes et on rejoue les extraits tout en les entrecoupant de nouveaux morceaux. À la fin, les sujets vont avoir tendance à considérer comme plus intéressants les extraits qu’ils auront déjà entendu au moins une fois. Ce qui est nouveau est toujours par défaut moins bien apprécié au départ. Dès qu’il s’agit de quelque chose de familier, ça suscite déjà de l’intérêt.»

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«Une chanson obtient les meilleures appréciations au bout d’environ huit semaines de rotation, ce qui doit faire à la louche une douzaine d’écoutes pour un auditeur moyen. Après, il peut tenir jusqu’à cinq ou six mois, parce qu’après les auditeurs vont considérer qu’ils l’ont trop entendu.»

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«On peut augmenter la sensibilité et l’appréciation esthétique justement en écoutant plusieurs œuvres du même style. Il faut apprendre à savoir en quoi un morceau peut être intéressant. À partir du moment où on a quelques clés de compréhension, on peut avoir un phénomène de plaisir esthétique.»

 

Extraits de "Combien de fois faut-il écouter un morceau pour l’aimer?" Martin Cadoret  / Slate.fr

 

Terrence Malick / 'Knight of Cups' improves on repeated viewings  Sight&Sound  SIGNS AND WONDERS

 

Terrence Malick / 'Knight of Cups' improves on repeated viewings / Sight&Sound - SIGNS AND WONDERS

"Some critics have been eager to dismiss ‘Knight of Cups’ and the other late works of Terrence Malick for their lofy spiritual ambition and increasing stylisation, but repeat viewings offer rich rewards, helping to peel back the layers beneath the opaque narratives and fractured sense of time" "'Knight of Cups' improves on repeated viewings, which allow for a better acquaintance with the emotional dilemmas of its characters".

 

 

Cf Marcel Proust : "... ces grands chefs-d'oeuvre ne commencent pas par nous donner ce qu'ils ont de meilleur. Dans la Sonate de Vinteuil, les beautés qu'on découvre le plus tôt sont aussi celles dont on se fatigue le plus vite et pour la même raison sans doute, qui est qu'elles diffèrent moins de ce qu'on connaissait déjà. Mais quand celles-là se sont éloignées, il nous reste à aimer telle phrase que son ordre trop nouveau pour offrir à notre esprit rien que confusion nous avait rendue indiscernable et gardée intacte ; alors elle devant qui nous passions tous les jours sans le savoir et qui s'était réservée, qui pour le pouvoir de sa seule beauté était devenue invisible et restée inconnue, elle vient à nous la dernière. Mais nous la quitterons aussi en dernier. Et nous l'aimerons plus longtemps que les autres, parce que nous aurons mis plus longtemps à l'aimer. Ce temps du reste qu'il faut à un individu – comme il me le fallut à moi à l'égard de cette Sonate – pour pénétrer une oeuvre un peu profonde, n'est que le raccourci et comme le symbole des années, des siècles parfois, qui s'écoulent avant que le public puisse aimer un chef-d'oeuvre vraiment nouveau." (suite)

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Cf Robert Bresson, à Jean-Luc Godard : "Et j'ai peur. Peur de proposer une chose à un public qui est sensibilisé à une autre chose" (suite)