Days of Heaven (Terrence Malick)

 

Andrew Sarris : "L'idée du critique en Amérique est assez romantique, c'est celle du freelancer. Il doit être assez individualiste pour résister aux pressions de son journal et en même temps il ne doit pas être trop original et ses opinions ne peuvent pas toujours diverger de celles des autres. Il faut oser. Entre Pauline (Kael) et moi, la différence tient plus au style d'écriture qu'aux goûts. La faction Kael tend à être plus immédiate et recherche l'impact. La faction Sarris tend à être plus théorique, plus systématique, moins impressionniste, plus concernée par les gens dont elle analyse le travail (alors que Pauline peut abandonner un cinéaste qu'elle a défendu comme ça, sans crier gare, Bertolucci, par exemple). Elle cherche toujours un frisson nouveau. "Etonne-moi" pourrait être sa devise. Moi, je suis plus difficile à bousculer. Ceci dit, nos positions politiques sont assez proches. (...) New York est fait sur des émotions simples : quelqu'un vous attaque et vous trouvez quelqu'un d'autre pour le tuer. (...) C'est une jungle et l'individu doit y lutter pour survivre. Le problème des critiques new-yorkais c'est tout simplement de ne pas perdre leur boulot. Ils doivent établir leur style à eux mais ils sont mal dans leur peau, ils sont très vulnérables parce que tout le monde a une opinion sur le cinéma. Leur domaine n'est pas protégé, ce n'est pas comme le critique d'art. Donc leur écriture doit être plus exhibitionniste. (...) La seule vraie pression c'est celle de nos employeurs, celle des journaux. Beaucoup de publicité est basée sur les citations des articles et si vous n'aimez pas un film, vous n'avez pas votre nom à l'entrée du cinéma."

Enretien avec Andrew Sarris, Propos recueillis à New York par Serge Daney, 
La Critique américaine, in Cahiers du Cinéma MADE IN USA, numéro spécial 337, juin 1982, page 83

 

Photos : Days of Heaven (Terrence Malick). "Contemporary reviews were decidedly mixed, with several of the most influential critics weighting in negatively: Pauline Kael described it as "all visual bombast"; the New York Times reviewer, Harold Schonberg, called it "an intolerably artsy, artificial film"; Andrew Sarris branded "its drama deficient, ant its psychology obscure"; and David Denby, in the harshest notice, found it "one of the most perversely undramatic, uninvolving, and senseless movies ever made". (Lloyd Michaels : Terrence Malick)

 

Days of Heaven (Terrence Malick)