Kate MARA : Zoe Barnes |  Kevin SPACEY : Francis J. Underwood House of Cards | Netflix / David Fincher

Photo : Kate MARA : Zoe Barnes |  Kevin SPACEY : Francis J. Underwood
House of Cards | Netflix / David Fincher

 

Deux entretiens, avec Michel Ciment puis avec David Fincher, à propos des séries et du cinéma

 

1.

Michel Ciment : "les plus grands films de Paul Thomas Anderson, de Malick, de Soderbergh, des frères Coen, de Tarantino, de Tim Burton, de Michael Mann, de David Cronenberg ou de James Gray, sont d'un niveau d'ambition esthétique et de complexité formelle plus grand que les séries télé. Mais celles-ci s'adressent à un public vraiment adulte qui est découragé par le niveau moyen de la production (cinématographique) américaine, artistiquement médiocre"

 

2.

David Fincher : "A l’inverse de la télévision, le cinéma a perdu de sa richesse. Quand vous allez au cinéma, vous allez au spectacle, et quand vous regardez une série, vous allez à la bibliothèque"

 

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1.

N. T. Binh : "On parle de plus en plus de la créativité des séries, comparée au cinéma de grande consommation..."

Michel Ciment : "Un certain cinéma qui s'attache à l'originalité du récit, au contexte politique et social, à la richesse des personnages, a muté du cinéma sur grand écran vers la télévision. (...) Aux Etats-Unis, le cinéma grand public est essentiellement consacré  aux adolescents avec une multitude d'effets spéciaux, ou alors des comédies soit assez grossières, soit sirupeuses, au détriment du cinéma qui, pour moi, a fait la gloire de Hollywood, celui de tous les grands réalisateurs qui parlaient des problèmes de leur époque, qui fouillaient la complexité de leurs personnages. Une part de l'invention et de l'originalité cinématographiques s'est reportée sur les séries. On a tendance, par un mouvement de balancier, à considérer que c'est ce qu'il y a de mieux aujourd'hui. Ce n'est pas mon avis. Je pense franchement que les plus grands films de Paul Thomas Anderson, de Malick, de Soderbergh, des frères Coen, de Tarantino, de Tim Burton, de Michael Mann, de David Cronenberg ou de James Gray, sont d'un niveau d'ambition esthétique et de complexité formelle plus grand que les séries télé. Mais celles-ci s'adressent à un public vraiment adulte qui est découragé par le niveau moyen de la production américaine, puisque les cinéastes que je viens de citer ne forment que l'infime partie visible de l'iceberg, et la partie cachée est artistiquement médiocre. Aujourd'hui, la lassitude du public adulte l'amène à regarder la télévision, et du coup des cinéastes intéressants participent de cette création télévisuelle. Fincher et Scorsese tournent des séries, David Lynch a été un pionnier avec Twin Peaks, Jane Campion vient de faire Top of the Lake."

Michel Ciment, Le cinéma en partage, Rivages, pages 296-297

 

Kate MARA : Zoe Barnes | House of Cards | Netflix / David Fincher
Kate MARA : Zoe Barnes | House of Cards | Netflix / David Fincher

 

2.

Télérama : "House of Cards est votre première incursion dans les séries télé. Qu’est-ce qui vous a décidé à sauter le pas ?"

David Fincher : "Je réfléchissais depuis longtemps à faire une série, mais j’avais du mal à trouver l’histoire et le format qui me conviendraient. Jusqu’à la fin des années 90, les saisons de vingt-deux ou vingt-quatre épisodes étaient la norme sur les grandes chaînes, et ça ne collait pas à ma vision des choses. Je n’avais pas le temps de m'engager aussi longtemps. Depuis l’explosion du câble, il y a déjà plus de dix ans, les séries se racontent en saisons de douze ou treize épisodes. Cela m'a donné envie de développer des histoires que j’avais en tête mais qui ne rentraient pas sur deux heures de film. A l’inverse de la télévision, le cinéma a perdu de sa richesse. On a de plus en plus d’argent pour faire s’écraser des avions, mais de moins en moins de temps pour bâtir des personnages. C’est là qu’est arrivée House of Cards. (...) Ce qui importe vraiment ici, ce n’est pas la mise en scène, ce sont les personnages ! La narration est totalement au service de l’évolution d’un ensemble de personnages, pas l’inverse. House of Cards ne cherche pas à satisfaire dans l’instant les téléspectateurs comme le cinéma hollywoodien s’acharne à le faire. Ici, il faut les pousser à venir chercher lentement l’histoire, non pas à espérer qu’un avion s’écrase ou qu’une course poursuite se déclenche, mais à comprendre qui a dit quoi à qui et s’il le pensait vraiment…"

Télérama : "Ne croyez-vous pas qu’il existe une réalisation propre à la télévision ?"

David Fincher : "Dans le passé, oui, quand il fallait faire plus de gros plans parce que les télés étaient minuscules. Maintenant, elles sont énormes ! Et elles sont en haute définition. Nous ne sommes plus à l’ère d’Aaron Spelling (créateur, notamment, de Drôles de Dames et Beverly Hills, ndlr). Le monde a changé. J’ai tourné avec une résolution de cinéma, en un temps un peu plus resserré, c’est tout. Je n’ai pas l’impression d’avoir fait le moindre compromis dans la qualité de la production. (...) En fait, je vois plus ça comme un roman, en vingt-six chapitres si on compte deux saisons. Le premier volume se décline en treize chapitres, et les gens vont pouvoir le lire à leur rythme, par exemple sur leur tablette, posée sur leur table de chevet comme un bon bouquin. Pour filer la métaphore : quand vous allez au cinéma, vous allez au spectacle, et quand vous regardez une série, vous allez à la bibliothèque. C’est un processus complètement différent, y compris pour moi. A faire exploser des voitures, je préfère largement rencontrer Tony Soprano, avoir le temps de connaître Tony Soprano, de le trouver attachant… et me faire surprendre subitement quand sept épisodes plus tard il tue brutalement quelqu’un. J’ai souvenir de réunions avec des patrons de studio qui me disaient, « Je ne comprends pas, à la page 2, ce personnage dit qu’il pense ça, et page 26, il fait l’inverse. Il est inconsistant. Il doit rester cohérent. » Les séries permettent précisément cela : inventer des héros qui changent d’avis d’un épisode sur l’autre, qui se remettent en question en permanence. Au cinéma, la narration, l’action est tout : que va-t-il se passer maintenant ? Voilà l’enjeu. En séries, la question est autre : comment les personnages vont-il réagir ?"

Extrait. A lire intégralement sur Télérama.fr

 

Lara Flynn Boyle 1990 : Twin Peaks : Donna Hayward / David LYNCH
Lara Flynn Boyle 1990 : Twin Peaks : Donna Hayward / David LYNCH
Lara Flynn Boyle 1990 : Twin Peaks : Donna Hayward / David LYNCH
Lara Flynn Boyle 1990 : Twin Peaks : Donna Hayward / David LYNCH
Sherilyn Fenn : Audrey Horne Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH
Sherilyn Fenn : Audrey Horne Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH
Sherilyn Fenn : Audrey Horne Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH : Quand vous me reverrez ce ne sera pas moi - Michael J. Anderson : L'Homme venu d'un autre endroit (Le nain en rouge)
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH : Je vous reverrai dans 25 ans -  Sheryl Lee : Laura Palmer
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH Michael J. Anderson : L'Homme venu d'un autre endroit (Le nain en rouge)
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH - Kyle MacLachlan : Agent Dale Cooper
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH Michael J. Anderson : L'Homme venu d'un autre endroit (Le nain en rouge)
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH Michael J. Anderson : L'Homme venu d'un autre endroit (Le nain en rouge)
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH Michael J. Anderson : L'Homme venu d'un autre endroit (Le nain en rouge)
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH Sheryl Lee : Laura Palmer
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH Sheryl Lee : Laura Palmer
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH Heather Graham : Annie Blackburn - Kyle MacLachlan : Agent Dale Cooper
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH Brenda E. Mathers : Caroline Powell Earle - Kyle MacLachlan : Agent Dale Cooper
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH Sheryl Lee : Laura Palmer - Kyle MacLachlan : Agent Dale Cooper
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH Heather Graham : Annie Blackburn - Kyle MacLachlan : Agent Dale Cooper
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH Kyle MacLachlan : Agent Dale Cooper
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH Kyle MacLachlan : Agent Dale Cooper
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH - Kyle MacLachlan : Agent Dale Cooper
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH - Kyle MacLachlan : Agent Dale Cooper
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH
Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH : pilot / Sheryl Lee : Laura Palmer / Lara Flynn Boyle : Donna Hayward

 

Lara Flynn Boyle : Donna Hayward
Sherilyn Fenn : Audrey Horne
Sheryl Lee : Laura Palmer / Madeleine « Maddy » Ferguson
Michael J. Anderson : L'Homme venu d'un autre endroit (Le nain en rouge)
Heather Graham : Annie Blackburn
Brenda E. Mathers : Caroline Powell Earle
Kyle MacLachlan : Agent Dale Cooper

Twin Peaks 1990 / Production David LYNCH / Mark FROST