Photo : Angelo, tyran de Padoue © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon, mise en scène: Christophe Honoré, avec Clotilde Hesme

 

Christophe Honoré : "Aujourd'hui, la pire insulte que l'on puisse faire à un cinéaste est de dire qu'il est théâtral. Le fait de ne plus vouloir entendre parler du théâtre n'est pas si éloigné du fait de ne plus vouloir entendre parler du vivant. L'idée que le théâtre pue, comme le vivant sent mauvais, est de plus en plus commune dans le milieu cinématographique. Et paradoxalement, on revient à un cinéma très sociologique, où l'on veut être dans le réel. Mais sans être dans le vivant."

Antoine Laubin : "C'est l'esthétique du téléfilm."

Christophe Honoré : "Oui. Une esthétique qui me hérisse énormément. C'est pour cette raison que j'aime Hugo : sa langue n'est pas du tout naturelle mais elle est très vivante. Les cinéastes français que je peux admirer, de Renoir à Truffaut, sont des cinéastes pas du tout naturalistes mais incroyablement vivants. La défense du vivant dans le cinéma français contemporain est vraiment minoritaire. En tant que spectateur de théâtre, j'ai l'impression que la scène est souvent surchargée d'images mais étrangement de manière très télévisuelle et très peu cinématographique. L'acte d'un cinéaste consiste pour moi à montrer, pas à regarder. Faire un plan, c'est choisir de montrer quelque chose plutôt qu'autre chose."

Extrait de Désirs d'images, Entretien avec Christophe Honoré réalisé par Antoine Laubin,
Alternatives théâtrales 104, CDDB - Théâtre de Lorient, Centre Dramatique National : Désir de théâtre - Désir au théâtre, 2010, page 72

Photo : Angelo, tyran de Padoue © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon, mise en scène: Christophe Honoré, avec Clotilde Hesme