Photo (c) Caroline Ablain : Le Château de Wetterstein de Frank Wedekind. Mise en scène Christine Letailleur

 

Christine Letailleur, metteuse en scène : "J'en suis venue à la conclusion que poser un regard de femme sur des territoires comme ceux du désir, de la sexualité, de l'érotisme, voire de la pornographie, dérangeait parfois, comme si ces domaines appartenaient aux hommes, qu'ils en avaient délimité les contours, leurs représentations. J'ai même eu l'impression, parfois, d'être à l'époque où les femmes pouvaient lire les romans écrits par les hommes mais non pas les composer."

"Les textes que j'adapte et monte parlent de l'être, de sa vie en ses secrets, des désirs enfouis, parfois assouvis, parfois inassouvis, bref, de la complexité de l'être humain."

"J'ai entendu des propos désagréables de gens de théâtre auxquels j'avais envoyé et fait lire la pièce (Pasteur Ephraïm Magnus, de Hans Henny Jahnn) : "Comment une femme peut vouloir monter ce genre de texte, etc." (...) J'ai encore  entendu des choses désagréables quand j'ai adapté et mis en scène Sade, Sacher-Masoch. Le héros de La Vénus à la fourrure, Séverin, est un homme dont la jouissance passe par la souffrance. Cette forme de sexualité existe, elle questionne notre rapport à la culture, l'essence même de la religion chrétienne. (...) On m'a même dit que j'avais porté atteinte à la virilité, que j'étais perverse, sadomasochiste... Je me suis demandé si on aurait osé dire cela à un artiste."

"Mettre en scène pour une femme est un combat. Le théâtre est un monde d'hommes, même si les choses ont bougé, il reste encore beaucoup à faire. En tant que femme, il faut se battre pour imposer son regard, son univers et même certains de ses auteurs."

Rencontre publique au Centre Wallonie-Bruxelles, à Paris, le 8 mars 2016,
Extraits du Dossier Scènes de femmes : Ecrire et créer au féminin,
Alternatives théâtrales 129, juillet 2016, pages 18 et 17

 

Photo (c) Caroline Ablain : Le Château de Wetterstein de Frank Wedekind. Mise en scène Christine Letailleur

 

Jean-Pierre Thibaudat : "Personne n’avait encore tenté de prendre à bras le corps cette pièce monstrueuse qu’est « Le Château de Wetterstein ». Letailleur a osé. Et elle a bien fait : c’est une très grande pièce bien que parfois cafouilleuse, qui parait encore plus sidérante que « Lulu » (l’effet de la nouveauté peut-être). Trois actes et trois étapes dans la vie d’Effie que Letailleur résume en trois mots : rébellion, émancipation, métamorphose.

Effie : « Et si je me mettais en tête de rejeter énergiquement, d’un seul coup, toutes ces considérations de classe ? Et si je décidais de ne plus m’acharner à épouser quelqu’un de notre condition, quelqu’un de notre rang ? Et si je décidais tout simplement d’en finir avec cette vie de jeune fille, cette vie stupide de jeune fille »

C’est la jeune fille du début qui parle et tout va aller crescendo.

Dans le rôle d’Effie, Julie Duchaussoy, à peine sortie de l’école du Théâtre national de Bretagne (où elle a travaillé avec Letailleur), entre dans le théâtre par la grande porte."

Extrait de Jean-Pierre Thibaudat : Frank Wedekind, l'homme qui décortiquait les femmes

 

Photo (c) Caroline Ablain : Le Château de Wetterstein de Frank Wedekind. Mise en scène Christine Letailleur
Photo (c) Caroline Ablain : Le Château de Wetterstein de Frank Wedekind. Mise en scène Christine Letailleur
Photo (c) Caroline Ablain : Le Château de Wetterstein de Frank Wedekind. Mise en scène Christine Letailleur
Photo (c) Caroline Ablain : Le Château de Wetterstein de Frank Wedekind. Mise en scène Christine Letailleur
Photo (c) Caroline Ablain : Le Château de Wetterstein de Frank Wedekind. Mise en scène Christine Letailleur
Photo (c) Caroline Ablain : Le Château de Wetterstein de Frank Wedekind. Mise en scène Christine Letailleur

 

Photos (c) Caroline Ablain : Le Château de Wetterstein de Frank Wedekind. Pièce interdite en Allemagne dès sa parution en 1912, jamais montée auparavant en France. Mise en scène Christine Letailleur, Théâtre National de Bretagne, 2010. Distribution : Benjamin Barou-Crossman, Stéphane Boschung, Laurent Bréchet, Philippe Cherdel, Julie Duchaussoy, Manuel Garcie-Kilian, Jonathan Genet, Pier Lamandé, Valérie Lang, Julien Polet, Rodolfo de Souza

 

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Natalie Portman, Michael Fassbender, Rooney Mara, Ryan Gosling

Song to Song

Terrence Malick 2017

 

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"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

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