Eugenio Barba : Moduler sa propre énergie est une technique que le metteur en scène doit obligatoirement apprendre : comment raconter, créer un espace vaste ou intime autour de soi, éveiller le sentiment de complicité et l'enthousiasme de l'aventure

Eugenio Barba :

"(Metteur en scène, ) je sais que j'ai un pouvoir démesuré. Tout ce que je fais laisse des traces : comment je parle, avec qui je parle, si je me tais, si je souris ou garde mon sérieux. Je peux, d'un mot ou d'une grimace, démoraliser une personne pendant un mois. Si en plus je laisse mes problèmes personnels pointer leur nez, ils vont se répandre comme une épidémie.

Le pouvoir, ou l'autorité, est nécessaire au metteur en scène pour éperonner et non pour assujettir. Pour créer une stimulation réciproque. (...) Ce qui compte, c'est moins les informations que véhiculent ses propos, que leur température, leur suggestivité, leur énergie intérieure, la fidélité à ce qu'il poursuit intérieurement.

Moduler sa propre énergie est une technique que le metteur en scène doit obligatoirement apprendre : comment raconter, comment créer un espace vaste ou intime autour de soi, comment éveiller le sentiment de complicité et l'enthousiasme de l'aventure. Ce ne sont pas nos idées qui touchent nos acteurs, mais la manière dont nous les présentons et les vivons au niveau personnel. Le metteur en scène doit développer comme une seconde nature la technique et la discipline susceptibles de créer la confiance." (pages 206-207)

"Nous sommes submergés par les difficultés. Avant tout la lassitude. (...) Un groupe de théâtre ne résiste pas si les éléments qui le composent n'ont pas une profonde raison personnelle de poursuivre. Il y a toujours un moment où on se demande si ça vaut la peine de continuer. Quelqu'un se dit : "Je n'y crois plus". (...) A présent, l'oxygène manque. C'est comme si l'atmosphère de notre milieu avait changé. (...) Saskia a raison : la frustration est une expérience inhérente au métier, il faut apprendre à l'admettre. Mais ce serait bien de pouvoir, au moins une fois par semaine, goûter quelque chose de vivifiant. Une bouffée d'air frais." (page 217)

Eugenio Barba, Brûler sa maison, Origines d'un metteur en scène, L'Entretemps Editions, Les voies de l'acteur.

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Natalie Portman, Michael Fassbender, Rooney Mara, Ryan Gosling

Song to Song

Terrence Malick 2017

 

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"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

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