Jake Gyllenhaal par Laetitia Masson (Blow Up Arte)

 

Laetitia Masson : "(...) Je me souviens d'une discussion avec Benoît Jacquot. (...) Je défendais l'idée qu'il fallait aimer quelqu'un en entier, tout, intérieur, extérieur, de la tête aux pieds. Et lui me répondait que ça c'était vraiment un truc de fille, et que les hommes, eux, ont juste besoin d'un détail auquel s'accrocher, un détail qui nourrit le reste de l'attachement, du fantasme. Et aujourd'hui, je crois que je suis d'accord avec lui. Je ne me suis pas transformée en homme, et je crois toujours qu'il faut aimer totalement, mais qu'il faut quand même absolument ce détail premier, auquel on peut retourner, et qui englobe le reste.

Par exemple, avec vous (Jake Gyllenhaal), ce sont les yeux. Banal, vous me direz. Alors je précise. Pas la couleur, belle mais trop évidente. Mais plutôt les paupières un peu tombantes, et surtout aussi, vos cils, un peu longs. C'est ce détail auquel je reviens toujours avec vous, même quand le film m'ennuie. Est-ce le même détail qui a plu à David Fincher ? Est-ce vos yeux qui inspirent Denis Villeneuve quand il vous propose un rôle, puis un autre ? Et Sam Mendes, qu'a-t-il vu en vous ? Peut-être sont-ils plus sérieux que moi, peut-être s'appuient-ils sur autre chose que l'extérieur, comme par exemple votre technique d'acteur, ou votre capacité de résistance. Je ne sais pas.

Moi je crois que comme en amour, on choisit un acteur par l'extérieur. Impossible, le temps d'un casting, d'aller en profondeur. On succombe donc à un inconnu, au mystère de ce détail qui nous retient, et on construit autour de cette pierre angulaire tout un film, ou toute une vie. On a intérêt à pas se tromper. Ou s'il y a deux détails, c'est encore mieux. Là ça veut dire peut-être grand acteur et peut-être grand amour. Alors pour vous il y a un deuxième détail que j'aime, c'est le dessin de la bouche. Pas parce qu'il est beau, mais parce qu'il complète parfaitement la mélancolie amorcée par vos yeux, qui vient échouer harmonieusement sur la courbe légèrement triste de la bouche. (...)"

 

Marcel Proust: "On aime sur un sourire, sur un regard, sur une épaule. Cela suffit ; alors, dans les longues heures d'espérance ou de tristesse on fabrique une personne, on compose un caractère. Et quand plus tard on fréquente la personne aimée on ne peut pas plus, devant quelque cruelle réalité qu'on soit placé, ôter ce caractère bon, cette nature de femme nous aimant, à l'être qui a tel regard, telle épaule que nous ne pouvons, quand elle vieillit, ôter son premier visage à une personne que nous connaissons depuis sa jeunesse".

 

Laetitia Masson : comme en amour, on choisit un acteur par l'extérieur. Impossible, le temps d'un casting, d'aller en profondeur. On succombe à un inconnu, au mystère de ce détail qui nous retient, on construit autour de cette pierre angulaire
Laetitia Masson : comme en amour, on choisit un acteur par l'extérieur. Impossible, le temps d'un casting, d'aller en profondeur. On succombe à un inconnu, au mystère de ce détail qui nous retient, on construit autour de cette pierre angulaire

 

Michael Fassbender - Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

Natalie Portman, Michael Fassbender, Rooney Mara, Ryan Gosling

Song to Song

Terrence Malick 2017

 

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"SONG TO SONG. ...an associative freedom that makes almost all other movies look, by comparison, like the stodgiest vestiges of filmed theatre. (...) Within the shifting romantic triangle of “Song to Song,” Terrence Malick develops an overwhelming, rapturous variety of visual experience". "Malick makes art—his art—the subject of the film.... This seventy-three-year-old filmmaker looks to the heart of his own inspiration, his own impulses, and creates a cinema that, with the creative command of his own life experience, feels more exuberantly youthful than that of most Sundance phenoms."

Richard Brody / The New Yorker

 

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman - SONG TO SONG - Terrence MALICK

 

POSITIF - Revue de Cinéma - Numéro 676, juin 2017 - Couverture : Natalie Portman / MALICK

 

"Aucun film de Malick ne donnait à ce point un vertige troublant du réel saisi dans une perspective physique inédite. Corps abîmés, rockers ivres, errants ou violents, tatouages obsédants ou inquiétants, maisons délabrées, tout ce qui existe doit être source de contemplation.

La forme humaine est éloquente, à méditer, occasion de fulgurantes sensations de beauté. "L'Amour se trouve dans la forme humaine, divine", médite ainsi l'héroïne Faye (Rooney Mara), citant des vers de William Blake." (...)

"Voyageuse, éprise, inlassable, la caméra célèbre et révère les courbes des hanches, du bassin, le bas-ventre féminin, comme le Cantique des Cantiques (Song of Songs)". (...)

"La figure du jump cut et de l'association (segments discontinus d'une même scène ou émotion, lien flottant entre les plans) s'accomplit dans cette exploration de l'intermittence au sens proustien - l'examen microscopique des envies, des pulsions, des moments, des éclats et des éclipses des sentiments dont le regard plus vaste ne voit que les trajectoires". (...)

Pierre Berthomieu  :  Song to Song  J'ignorais que j'avais une âme  / POSITIF Revue de cinéma, juin 2017

 

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