La positivité est-elle la recette du bonheur ?Selon la méthode de la pensée positive, une thérapie directement importée des États-Unis, et très populaire en Norvège, “plutôt que de se demander pourquoi nous sommes tristes, il vaut mieux penser à ce qui pourrait nous rendre heureux.”
Bard Breien explique:
“J’ai assisté à quelques cours et m’y suis intéressé avec sérieux. Là, j’ai pu réaliser à quel point ce programme était stupide et bien sûr tout à fait superficiel. J’ai aimé l’idée de faire exploser le concept“.
Ainsi est né “l’art de la pensée négative“, film distribué par Louis Becker.
Virginie Caloone, auteur, metteur en scène et comédienne, et Frédérique Attuel, comédienne, assistaient à l’avant-première du film, pour Films7.com
Entretien avec l’auteur-réalisateur du film, Bârd Breien, lors de l’avant première du 17 novembre, à Paris.
Pourquoi ce film ?
Je suis allé à un concert à Copenhague et j’y ai rencontré un homme tellement désagréable (amer) que ça m’a donné l’idée d’une comédie hard/dure, et en même temps drôle et plaisante.
D’où vient cette idée ? est-ce que vous avez ce genre de groupe chez vous ?
Oui, en Norvège on prend soin de beaucoup de gens, ma petite amie travaille dans l’éducation psychiatrique : ils ont la même méthode que dans le film. C’est très efficace et d’un grand professionnalisme. Je voulais prendre quelque chose existant dans la réalité, qui conduisait les gens malheureux à devenir heureux. Le personnage principal est le héros typique, très traditionnel.
Est-ce que vous avez ri ?
Ces personnages doivent faire face à de gros problèmes, donc j’ai essayé de trouver quelque chose qui mêlerait à la fois comédie et réalité, je voulais faire dès le départ une comédie.
Je voulais raconter une histoire où le spectateur ne pouvait pas s’attendre à ce qui allait se passer.
Un rejet également du côté “poli” des gens face aux handicapés.
Affrontant la mort, ces handicapés veulent à nouveau vivre et se sentent soulagés.
Est-ce que ça a été dur de faire le film ?
Oui très… non je plaisante bien sûr. Louis Becker est venu vers moi, il m’a dit qu’il voulait distribuer le film. Je l’en remercie je fus très heureux, c’est un plaisir d’être ici à Paris avec ce film. C’est mon premier film.
Comment avez-vous travaillé avec vos comédiens ?
Au départ je pensais prendre un vrai handicapé pour le rôle du personnage muet mais je n’ai pas eu le courage finalement.
J’ai beaucoup travaillé en improvisation, au casting j’ai pris les comédiens qui avaient cette sensibilité et facilité à atteindre cette sensation d’être handicapé, ils ont également pris des situations qu’ils avaient eux même vécu dans leur vie pour entrer dans leur personnage.
Mais j’étais très strict avec ce qu’ils avaient à faire c’était “tu fais ça et ça à tel moment”. Je leur ai également demandé d’aller dans un hôpital afin de voir comment les personnes handicapés sont traitées.
Beaucoup de films traitent des handicapés et d’un côté c’est ce que je fais. Ils se moquent d’eux même et je les traite comme des gens ordinaires.
Avez vous un nouveau projet?
Oui absolument, j’y pense tous les jours… une comédie très bizarre…
Propos recueillis dans la salle, et traduits de l’anglais par Frédérique Attuel, pour Films7.com
L’analyse de Virginie Caloone, pour Films7:
“Geirr, handicapé moteur depuis un accident, s’isole à longueur de journée dans sa chambre avec Johnny Cash et des films sur la guerre du Vietnam. Sa femme Ingvild fait appel à un groupe qui exerce la pensée positive dans l’espoir que son mari cesse de chuter dans une démoralisation qui détruit leur couple. A leur arrivée Geirr reste spontané, fidèle à lui-même et refuse d’adopter une attitude conformiste ; c’est en déchargeant le contenu d’un extincteur sur le groupe, que celui-ci les accueille. Geirr refuse de se camoufler dans un genre rassurant et noble qui immobiliserait en plus de ses jambes, ses émotions. Alors qu’il écarte les valides de son champ de vision, il embarque sur son passage ce groupe d’handicapés qui fatalement se prenaient au piège dans une pensée positive erronée, frustrante et vaine.
Geirr n’implose pas dans cette pensée, il explose. Pour mieux reconstruire il détruit sur son passage le conformisme, la censure et la pensée positive qui conduit au reniement de soi, à l’occultation de la vérité et de la réalité embarrassante et non esthétique.
Geirr impose son regard, son art de pensée, il vous emmène au plus sombre de vous-même pour vous conduire à ce qui n’a pas de prix : la liberté. La lueur n’existerait pas sans l’obscurité qui l’entoure, faites un tour dans vos sombres entrailles pour vous laisser pénétrer par la lumière qui s’y cachait.
Le titre et l’affiche portent une atmosphère révolutionnaire qui ne manque pas au film. Ce « Fuck them all » tant attendu qui trône sur l’affiche comme un slogan d’exactitude, vous fait l’effet d’une bombe à retardement inattendue, vous-même tenté de suivre cette nouvelle religion. Ce héros chevelu à la casquette provocatrice qui inscrit « I Love your mom » et au join caustique dont on respire l’essence à chaque instant, se fait une joie de vous enlacer avec son majeur, affectueusement relevé, comme marque de bienvenue dans cette tribu déjantée qui fait pousser des ailes à vos principes trop rapidement établis par le politiquement correct. On connaissait le phénomène de la douche écossaise, désormais voici la douche norvégienne.
Un coup de maître pour Bârd Breien qui prend l’humour comme atout majeur de son œuvre, une réalisation osée, qui marie avec élégance et intelligence l’humour et les paralytiques. Une comédie irrésistible qui préserve avec subtilité l’intensité dramatique que vivent les personnages de ce film. Un mariage délicieusement insolite.
Parce que l’art de la pensée négative est un périple laborieux dans son effort, il fallait y mettre le ton comique de Bârd Breien pour l’admettre puis le regarder sans œillère. Dès l’entrée du film, ce réalisateur séduit par son humour, et nous met dans une complète confiance sans frilosité alors qu’on assiste à une guerre froide psychologique. Voici l’exploit paradoxal de Bârd Breien, rendre le spectateur hilare et positif face à l’anéantissement de la pensée positive. Qui l’aurait cru ?
Un message universel qui s’adresse à tout être vivant, pensant, sans mettre d’échelle de valeur à la douleur et l’amertume de chacun. On se sent enivré par une pensée peu conformiste (pour le moment) mais à coup sûr révolutionnaire.
Si les acteurs de ce film sont somptueux et remarquables, car c’est aussi un film d’acteurs, son créateur n’en reste pas moins le plus époustouflant d’audace.”
Les explications de Louis Becker, distributeur du film:
L’ART DE LA PENSÉE NÉGATIVE (Louis Becker, distributeur)
SITE OFFICIEL: www.lartdelapenseenegative-lefilm.com
Fiche technique:
Réalisateur
Bard Breien
Acteurs:
Geirr
Fridtjov Såheim
Tori
Kjersti Holmen
Gard
Henrik Mestad
Marte
Marian Saastad Ottesen
Lillemor
Kari Simonsen
Ingvild
Kirsti Eline Torhaug
Asbjørn
Per Schaaning
- - -
Producteur
Dag Alveberg
Producteur délégué
Jan-Erik Gammleng
Production
Maipo Film - og TV Produksjon, Norvège
Scénariste
Bard Breien
Directeur de la photographie
Gaute Gunnari
1er assistant réalisateur
Magnus Wessel Bøe-Waal
Compositeur
Stein Berge Svendsen
Monteuse
Zaklina Stojevska
Chef décorateur
Are Sjaastad
Créateur de costumes
Bente Ulvik
Maquilleur
Siw Järbyn
Ingénieur du son
Peter Clausen
Directrice du casting
Kamilla Krogsveen
Scripte
Annika Appelin
Accessoiriste
Fridrik Mar
Distribution
Little Stone Distribution, France
Attachée de presse
Alexandra Faussier
Florence Alexandre

Trackback/Pingback (1)
[...] salle le 26 novembre : L’ART DE LA PENSEE NEGATIVE November 25th, 2008 by page2007.com | Posted in cinema, Nos coups de coeur | MARCEL PROUST - [...]