Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS

Page IMDb Page ALLOCINE Page WIKIPEDIA

SORTIE FRANCE : 14 DÉCEMBRE 2016

. . .

Prix de la Mise en Scène, Festival de Cannes 2016

. . .

Maureen, une jeune américaine à Paris, s’occupe de la garde-robe d’une célébrité. C’est un travail qu’elle n’aime pas mais elle n’a pas trouvé mieux pour payer son séjour et attendre que se manifeste l’esprit de Lewis, son frère jumeau récemment disparu. Elle se met alors à recevoir sur son portable d’étranges messages anonymes…

Avec Kristen STEWART, Lars EIDINGER, Sigrid BOUAZIZ (Révélations 2017 - Académie des César), Anders DANIELSEN LIE, Ty OLWIN, Hammou GRAIA, Nora Van WALDSTATTEN, Benjamin BIOLAY

. . .

Kristen STEWART : "Le film pose aussi la question qui est vraiment la plus terrifiante dans la vie, selon moi : « est-ce que je suis complètement seule ou est-ce que je peux entrer en contact avec quelqu’un ? »"

. . .

Pensiez-vous que vous alliez tourner de nouveau sous la direction de Olivier Assayas aussi vite, seulement deux ans après Sils Maria ?

Kristen STEWART : Non. Mais je savais qu’il aimait travailler avec les mêmes personnes, acteurs et techniciens, donc je l’espérais au fond de moi-même. Nous nous étions très bien entendus sur le tournage de Sils Maria et je pensais qu’un jour ou l’autre nous allions nous retrouver autour d’un projet artistique. Mais je ne me doutais pas que ça allait arriver aussi tôt. Je suis très amie avec le producteur d’Olivier, Charles Gillibert. C’est lui qui m’a appris que Olivier travaillait déjà sur un nouveau scénario. Je crois que nous étions à Cannes, pour la présentation de Sils Maria. Franchement, c’était la première fois que je rencontrais des gens aussi soudés, formant une véritable équipe. Je n’avais pas envie de les quitter. On s’était trouvés. Je me sens très chanceuse. Donc lorsque Olivier m’a proposé le projet de Personal Shopper, j’avoue que j’étais excitée mais pas surprise. On avait envie de poursuivre une expérience commune.

On a le sentiment que Olivier Assayas a trouvé en vous non seulement l’actrice mais aussi la personne idéale pour incarner la jeune femme moderne qu’il voulait mettre en scène dans ses films. Pourriez-vous dire la même chose de lui ? Qu’il est le cinéaste que vous recherchiez ?

Kristen STEWART : Oui à 100%. Nous avons travaillé tous les deux avec beaucoup de gens. Mais il existe entre nous une forme de communication non verbale qui est parfaite pour le métier que nous exerçons. Nous ne parlons pas beaucoup mais nous nous comprenons et partageons les mêmes centres d’intérêt, la même curiosité. C’est très amusant de travailler avec lui.

Comment Olivier Assayas vous a-t-il présenté le projet de Personal Shopper ?

Kristen STEWART : Il m’a dit qu’il écrivait un scénario, très simple, qu’il l’écrivait pour moi en espérant que ça me plaise. Quand j’ai reçu le scénario, j’ai vraiment flippé car je m’imaginais mal téléphoner à Charles ou à Olivier en leur disant que ça n’était pas mon truc ! Heureusement, il n’en a rien été. Dès que je l’ai lu j’ai été très impressionnée. C’était si différent de Sils Maria. Et surtout, moi qui avais l’impression de connaître Olivier, je n’arrivais pas à comprendre comment cette histoire avait pu surgir de son imagination. Cela m’a ouvert les yeux sur des aspects plus secrets de sa personnalité. C’est un film très méditatif. Dans Personal Shopper Olivier parvient à évoquer des mondes invisibles à sa manière, sans avoir à les nommer. Je crois que c’est un film plus personnel que Sils Maria. Ce n’est pas un film analytique, c’est un film sensualiste, profondément humain. Olivier est un cinéaste cérébral qui est parvenu avec ce film à exprimer des émotions très intimes. C’était vraiment cool. Je n’avais pas ressenti ça de sa part sur Sils Maria.

Personal Shopper aborde des thèmes peu communs dans le cinéma français, comme les fantômes ou le spiritisme, tout en se distinguant des thrillers surnaturels américains.

Kristen STEWART : Oui. Dans Sils Maria il y a cette conversation sur le cinéma, entre le personnage de Maria interprété par Juliette Binoche et mon personnage, Valentine. Elles sont en désaccord sur le film qu’elles viennent de voir, une aventure de mutants dans l’espace. Valentine pense qu’il y a autant de vérité dans les films fantastiques ou de science-fiction que dans beaucoup de films apparemment plus sérieux. Ces films emploient des symboles, des métaphores, cela ne les rend pas plus superficiels. A la fin ils parlent des mêmes choses, réfléchissent sur les mêmes sujets que des films ouvertement psychologiques. C’est amusant de se dire que c’est à partir de ce dialogue de Sils Maria que Olivier a conçu son film suivant, littéralement. Personal Shopper est aussi un film de genre, ce qui le différencie de la plupart des films d’auteur français. Un film de genre qui ne cherche pas à nous faire peur avec des fantômes mais propose une réflexion sur ce qu’est la réalité. Le film pose aussi la question qui est vraiment la plus terrifiante dans la vie, selon moi : « est-ce que je suis complètement seule ou est-ce que je peux entrer en contact avec quelqu’un ? »

Qu’est-ce qui a été le plus difficile sur le tournage de Personal Shopper ?

Kristen STEWART : J’interprète une jeune femme très solitaire, totalement isolée, et triste. C’était assez épuisant d’être dans la peau d’un tel personnage. Même quand je partage une scène avec d’autres acteurs, je n’arrive pas à être réellement avec eux. C’est comme s’ils étaient des fantômes. Je ne me considère pas comme une personne finie. Il ne peut y avoir la moindre interaction entre eux et moi car je n’ai même pas la sensation d’exister. Cela m’a plongé dans un état douloureux. Heureusement que j’étais entourée de gens que j’aime et que je ne me suis jamais sentie seule. J’ai eu beaucoup de chance. S’il n’y avait pas eu une atmosphère aussi positive et amicale sur le plateau, j’aurai été dévastée, je me serais effondrée par terre. Dans le film je n’arrête pas de bouger, de me déplacer, je suis en mouvement perpétuel. J’ai perdu beaucoup de poids durant le tournage. C’était épuisant.

Maureen méprise sa condition de « personal shopper » et la femme riche et célèbre qui l’emploie mais elle ne peut s’empêcher de se glisser dans ses vêtements, de transgresser les interdits, d’en éprouver du plaisir.

Kristen STEWART : Maureen est fascinée par ce qu’elle déteste. Elle traverse une crise d’identité. J’ai aimé le fait qu’elle ne soit pas présentée comme une féministe critiquant la superficialité de la société de consommation. Elle vit une lutte intérieure. Elle est très attirée par le monde dans lequel elle évolue, mais elle éprouve de la honte devant cette attirance. Je peux partager ce sentiment, nous le partageons tous à un certain degré. C’est une histoire qui se déroule aujourd’hui, dans le milieu de la mode, mais elle aurait pu se passer dans les années 30, à Hollywood. Je ne sais pas si c’était pire ou mieux avant. Les gens ont toujours été attirés par ce qui brille, comme des petits papillons.

Personal Shopper traite du deuil, mais c’est aussi l’histoire de l’émancipation d’une jeune femme, qui cherche à se libérer en empruntant un bien étrange chemin.

Kristen STEWART : Oui. Les périodes les plus lumineuses de ma vie ont toujours été précédées par des drames. Les moments de sérénité, de plénitude surviennent après des événements traumatiques. Vous vous sentez plus vivant si vous avez frôlé la mort. A la fin du film, même si elle n’a pas trouvé ce qu’elle cherchait, Maureen parvient à se reconstruire.

Comment vous êtes-vous préparée pour interpréter Maureen ? Attachez-vous beaucoup d’importance à l’apparence physique de vos personnages ?

Kristen STEWART : Absolument. Je voulais que l’on ressente que Maureen est une jumelle, à la recherche d’une complémentarité perdue avec son frère mort. Je l’ai donc imaginé avec un look très simple, presque androgyne. Son apparence reflète aussi son rapport amour / haine avec le monde de la mode. Le choix des vêtements fut donc très important. En ce qui concerne la préparation du film, je ne lis le scénario qu’une fois, et je refuse de le relire car je veux découvrir les scènes chaque nouveau jour du tournage. Je n’ai rien eu de particulier à apprendre pour ce film. Olivier voulait le tourner plus tôt dans l’année pour me permettre d’enchaîner avec le film de Woody Allen où j’interprète une jeune femme charmante, féminine, joyeuse. Je me suis sentie incapable de faire les deux films dans cet ordre, car je savais ce que j’allais vivre sur Personal Shopper, que je serai ravagée et pas jolie à voir à la fin du tournage ! Je ne me suis pas vraiment préparée, mais je savais où aller chercher ce dont j’avais besoin. Je savais où était la gâchette, je n’avais plus qu’à appuyer dessus. J’étais prête à le faire pour le film.

Vous tourniez dans les rues de Paris avec l’équipe de Personal Shopper 48 heures avant les attaques du 13 novembre. Il est difficile de ne pas y penser en voyant le film, qui porte en lui une tension et une inquiétude particulières à notre époque.

Kristen STEWART : Quand je vois le film, je me dis que nous sommes tous dans notre propre monde, totalement absorbés par des choses qui ne concernent que nous. Maureen est tellement dévorée par ses obsessions qu’elle ne prête quasiment aucune attention aux gens et aux choses autour d’elle. Elle ne se trouve pas vraiment à Paris, ni nulle part ailleurs. J’éprouve une souffrance à voir le film, qui montre un personnage qui évolue dans une ville bientôt meurtrie, Paris, sans en éprouver le moindre plaisir. C’est vraiment douloureux, poignant. Je n’ai pas envie de prononcer ces mots, mais on a eu de la chance. Le lendemain du 13 novembre, nous avons dû démarrer une journée de tournage et c’était presque impossible de travailler. Tout paraissait tellement faux, faire un film dans un studio…

Avant vos deux films avec Olivier Assayas, quelle était votre relation avec le cinéma français ?

Kristen STEWART : J’avais vu quelques titres essentiels, comme À bout de souffle et Jules et Jim. Charles, Olivier et toute l’équipe m’ont ouvert les yeux sur un nouveau monde de projections de films et de cinéphilie. J’ai découvert plein de films français en DVD. C’est une expérience unique pour une actrice américaine, de se retrouver intégrée dans cet univers-là. C’est vraiment cool. Au sein du cinéma hollywoodien les gens partagent tous les mêmes valeurs. Ici en France c’est beaucoup plus disparate, effréné. Aux Etats-Unis les films sont faits pour divertir et rapporter de l’argent. Les films d’auteur, le cinéma comme art n’occupent qu’une toute petite place dans l’industrie. Les cinéastes que j’aime beaucoup aux États-Unis sont finalement assez proches d’une certaine conception du cinéma propre aux auteurs européens et français. En France les motivations pour faire un film ne sont pas les mêmes qu’à Hollywood. Il y a la volonté de prendre des risques, à la différence du cinéma commercial américain qui cherche avant tout à reproduire des formules à succès. ■ Propos recueillis par Olivier Père, mai 2016

. . .

Comment est né Personal shopper ? Il y a bien sûr des points de rencontre avec Sils Maria, votre film précédent, mais aussi quelque chose de plus vertigineux, que ce soit dans la forme ou dans le fond…

Olivier ASSAYAS : Je crois que ce changement est lié au contexte dans lequel j’ai écrit Personal Shopper. Il s’agissait d’un contexte difficile car le film que je préparais alors et qui devait se tourner au Canada s’est arrêté à la veille du tournage. Je suis donc revenu à Paris avec un film qui ne sera jamais tourné et j’ai fait quelque chose que je n’avais pas fait depuis longtemps : écrire une histoire à partir de rien, d’une page blanche. En règle générale mes films ont des racines, une gestation particulière, mais là j’ai eu besoin de repartir du temps présent, d’un point zéro qui a été le jour où j’ai commencé à écrire le film sur une idée simple : l’histoire d’une jeune femme qui vit dans le monde contemporain, qui a un travail d’un matérialisme aliénant et qui cherche le salut dans le rejet de ce matérialisme, c’est-à-dire dans les idées. Comme pour l’écriture de Sils Maria j’ai voulu me laisser porter par mon inconscient car je crois beaucoup à cette méthode d’écriture et qui est l’inverse des manuels de scénario américains. C’est une approche de l’écriture que l’on retrouve dans les romans de Julien Green : il commence à écrire et démasque le récit en avançant, comme si celui-ci se révélait progressivement à lui-même. C’est pour moi un chemin passionnant pour la fiction contemporaine car on part des besoins élémentaires d’un récit et cela peut nous mener plus ou moins loin sur le chemin de la fiction. La différence pour ce film étant que j’ai fait une partie du chemin et que Kristen Stewart a fait l’autre.

Personal Shopper raconte donc l’histoire de Maureen, une jeune américaine arrivée à Paris, qui veut trouver un moyen de communiquer avec son frère jumeau décédé. D’une certaine façon Maureen cherche aussi à retrouver le contact avec elle-même.

Olivier ASSAYAS : Oui, elle cherche à se retrouver mais aussi à se trouver car pour elle c’est comme si le frère qu’elle a perdu était sa moitié, une moitié dont l’absence lui rendrait l’existence invivable. Maureen est un personnage dans les limbes. Elle n’est pas parisienne mais elle est venue à Paris chercher son frère qui a disparu; elle croit dans les forces occultes, dans la communication avec l’au-delà, et essaye par ce chemin-là de retrouver son passé. Bien sûr, il faudra au contraire qu’elle se débarrasse de ce passé pour surmonter son deuil et enfin devenir elle-même.

Le film va au-delà de Sils Maria dans la mesure où il se situe entre le monde visible et invisible, entre les vivants et les morts, ce qui traduit une volonté de votre part d’aller plus loin dans le fantastique. Cela ne rend-il pas le film plus sombre, plus inquiétant et aussi plus intime ?

Olivier ASSAYAS : J’ai toujours plus ou moins flirté avec le fantastique dans mes films, même si je n’avais jusque-là jamais vraiment franchi le pas. Avec Personal Shopper j’ai voulu savoir ce qui se passerait si je sautais le pas pour affronter frontalement une question à laquelle je reviens sans cesse : la capacité intime, profonde, du cinéma à filmer l’invisible. En faire le sujet d’un film me permettait, à travers la présence d’éléments du cinéma de genre, de tenter d’illustrer cette idée sans qu’elle soit uniquement théorique.

Comme dans Irma Vep, on retrouve dans Personal Shopper une caractéristique propre à votre écriture cinématographique qui consiste à inclure des d’images de différentes natures à l’intérieur du récit. Ces images se mêlent et constituent un cinéma très hybride en écho aux habitudes contemporaines de consommation visuelles, notamment à travers la multiplicité des supports disponibles…

Olivier ASSAYAS : Il s’agit pour moi de prolonger une réflexion sur la question du statut du cinéma. On a tendance aujourd’hui à mélanger le cinéma avec les autres registres d’images alors que ceux-ci n’ont pas besoin du cinéma pour se légitimer comme le cinéma n’a pas besoin d’eux pour sa propre légitimité. La prolifération des images actuelles fait qu’on perd de vue le statut exact du cinéma qui, pour moi, et peut-être parce que je l’idéalise, tient à sa capacité à être le témoin des autres images. Le cinéma n’est pas un moment de l’histoire de la peinture ou de celle du théâtre mais un art qui a la capacité de regarder les autres arts mais également la transformation de ces autres arts. Aujourd’hui les images font parties de notre vie, elles participent de façon centrale à notre manière d’être et contribuent à définir notre identité. On se définit par la façon dont on est plus ou moins dépendant de ces objets et j’ai l’impression que le cinéma ne pouvait pas se contenter de n’être qu’une image de plus mais au contraire l’image qui observe ce phénomène et qui nous permet d’en penser quelque chose en le documentant.

Personal Shopper évoque la relation de soumission et d’exploitation économique présente dans le milieu de la mode et du luxe. On peut dire qu’il y a toujours chez vous une distance très critique et morale par rapport à des univers qui semblent vous fasciner mais avec lesquels vous entretenez une relation distanciée…

Olivier ASSAYAS : Qu’on le nie ou qu’on le rejette, on est partie prenante du présent dans lequel on vit. Comme tout le monde, j’ai été témoin de la « blingblinguisation » du monde, ce nouveau fétiche de la mondialisation, dont la mode représente une extrémité symbolique très forte. Dans une économie qui ne va pas bien le luxe, en pleine expansion, incarne la prospérité du commerce, il prend donc une identité propre, qui serait l’opposé même du spirituel - il n’y a rien de plus brutal dans l’articulation de l’individu et du monde matériel que l’univers du luxe. Mais, comme le grillage du marché de l’art ne m’empêche pas de voir la pertinence des arts plastiques, je suis aussi capable de comprendre l’attirance de la beauté et d’une forme de modernité dans la mode contemporaine. Je ne suis pas puritain avec ça.

Le film insère dans son récit la littérature et la peinture à travers les figures de Victor Hugo et d’Hilma Af Klint. Selon vous, la force du cinéma réside-t-elle également dans sa capacité à accueillir d’autres formes artistiques ?

Olivier ASSAYAS : Avec Personal Shopper j’ai eu envie d’expérimenter et de déployer plus loin des choses que j’avais déjà faites auparavant. Le film parle de la solitude, qui par définition est peuplée dans la mesure où la solitude peut être incarnée par quelqu’un qui réfléchit, pense, cherche. La quête de chacun d’entre nous dans notre identité, dans notre manière d’être, est nourrie par l’art. L’art sert à ça, c’est à la fois un outil d’exploration du monde et une consolation, c’est le baume dont a besoin la solitude. Je savais d’emblée que le personnage aurait une vie intérieure et je faisais le pari que le cinéma pouvait raconter cette vie intérieure en faisant partager au spectateur les émotions artistiques et intellectuelles de Maureen. Je suis allé chercher une dimension vraiment très peu connue et très forte de l’œuvre de Victor Hugo, sa poésie inspirée par les séances de spiritisme, et surtout la figure d’Hilma Af Klint dont on a découvert le travail il y a quelques années grâce à une exposition suédoise. On ignorait jusque-là le rôle de cette grande figure féminine à ce moment charnière des arts plastiques, le début du XXème siècle. Je me dis que pour une jeune femme d’aujourd’hui qui cherche son chemin et qui cherche sa place dans la société et dans un monde horriblement machiste, c’était intéressant de proposer ce personnage clef.

Vous traitez de façon singulière les phénomènes surnaturels. Certains films d’horreur ou de fantômes vous ont influencés ou votre inspiration prend ses sources ailleurs ?

Olivier ASSAYAS : Quand j’écris, j’essaye de faire abstraction de la façon dont ces situations ou ces sentiments ont été traités par le cinéma, je cherche plutôt les voies modernes, contemporaines, pour les restituer au temps présent. Personal Shopper ne s’inscrit pas dans la tradition du film de genre mais cherche plus simplement à représenter comment on peut imaginer la communication avec les esprits. De ce point de vue, la fin du 19ème siècle est une période clé. Toutes sortes d’inventions transforment radicalement notre perception du monde, l’électricité, les rayons X, la télégraphie sans fil, le code morse. Ce qui était jusque-là impensable devient pensable. Communiquer avec les morts n’est pas plus extraordinaire. C’est aussi étrange, aussi choquant pour l’esprit, dans notre rapport à l’invisible, aux ondes qui nous entourent (qu’elles soient médiumniques ou téléphoniques). Ainsi, entre le milieu et la fin du dix-neuvième siècle, la possibilité de l’accès à l’au-delà devient une question parfaitement crédible et j’ai voulu comprendre ce que les spiritualistes ont cru voir. En particulier à travers la mode de la photographie spirite dont je me suis évidemment inspiré. Aujourd’hui on ne voit plus que des surimpressions, assez primitives, mais c’était alors la façon la plus réaliste d’illustrer ce que se manifestait lors des séances. Victor Hugo – et son Livre de Tables en témoigne – pensait sincèrement dialoguer avec les morts. Les personnages du film partagent la même foi, la même conviction, et cela modifie la façon dont ils appréhendent le monde moderne. Mes influences sont plutôt à chercher du côté des poètes symbolistes, de l’ésotérisme de la fin du 19ème siècle que dans les films d’horreur.

Personal Shopper entretient une filiation directe avec un autre film qui traite de l’invisible mais aussi des arts plastiques et de la mode : Blow-Up de Michelangelo Antonioni.

Olivier ASSAYAS : J’ai toujours eu la plus grande admiration pour Antonioni - un réalisateur qui fait sans aucun doute partie de mes fantômes – et c’est vrai que la vision de Blow-Up lors de la rétrospective Antonioni à la Cinémathèque française au moment où je terminais d’écrire le film m’a hantée. J’ai été passionné par sa façon de prendre une figure du milieu de la mode, un photographe, à la fois acteur et observateur, dont l’équilibre est troublé par un fait divers qui l’aspire dans le réel. Tout à coup je me disais qu’il y avait peut-être eu, inconsciemment, une réminiscence de Blow-Up dans l’écriture de Personal Shopper. Finalement je crois que ces deux films ont une dynamique semblable. A cette nuance près, et qui n’est pas négligeable, qu’Antonioni a fait Blow Up à une époque où la mode n’était pas devenue l’industrie du luxe et où l’on pouvait la regarder avec sans doute plus d’innocence. ■ Propos recueillis par Olivier Père, mai 2016

. . .

Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS | Prix de la Mise en Scène, Festival De Cannes 2016
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS | Prix de la Mise en Scène, Festival De Cannes 2016
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS (Photo (c) Carole Bethuel - Les Films du Losange)
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS (Photo (c) Carole Bethuel - Les Films du Losange)
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS (Photo (c) Carole Bethuel - Les Films du Losange)
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS (Photo Affiche du film - movie poster (c) Les Films du Losange)
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS
Kristen STEWART TATTOO | GUERNICA - PICASSO
Kristen STEWART TATTOO | GUERNICA - PICASSO (DETAIL)
Kristen STEWART TATTOO | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS (DETAIL)
Kristen STEWART TATTOO | SILS MARIA - Olivier ASSAYAS (DETAIL)
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS movie poster - affiche américaine
Kristen STEWART | PERSONAL SHOPPER - Olivier ASSAYAS movie poster - affiche américaine (détail)

. . .

"(...) Personal Shopper vibre quand il est vraiment dans son sujet, à savoir fétichiser Kristen dans toutes ses déclinaisons et transformations possibles (avec comme point culminant la séquence où l’actrice essaye harnais et robes de luxe sous le son d’une chanson à la Dietrich), là où apparaissent en filigranes quelques fantômes du cinéma qui s’appellent Vertigo, Eve, La Maison du diable, L’Impératrice rouge ou Rebecca. (...)
Il semblerait que la majorité des critiques veulent des grands sujets, des histoires parfaitement bouclées, ou des chefs-d’œuvre parfaits (mais c’est quoi exactement, la pré-définition d’un chef-d’oeuvre ?) et n’acceptent plus de films fondés uniquement sur des fantasmes, de la projection et du fétichisme, qui sont pourtant l’essence du cinéma.
Et on allait oublier de le dire : Kristen Stewart est éblouissante dans ce beau film malade".

(Serge Kaganski, Personnal Shopper, le beau film malade d’Olivier Assayas, Les Inrocks)

. . .

Le tattoo de Kristen Stewart (sur l'avant-bras) est un morceau de GUERNICA (Picasso). A l'origine, un tattoo provisoire créé pour donner une identité à son personnage du précédent film d'Olivier Assayas (Sils Maria). Après le film, elle a souhaité le conserver, remplaçant le transfert par un tattoo permanent. "I gave Valentine [son personnage dans SILS MARIA] tattoos for the film, so I had transfers made. You don’t know anything about Valentine, it’s all about Maria [Juliette Binoche]. And that’s a huge aspect of the story, is that she never focuses on herself. They never talk about her life, ever. I wanted to show little indications of, ‘Who is that?’ Instead of just playing an assistant that was generic. She has interests, she’s going to places, you just don’t know where they are. And so I got so attached to this one that I got it. Guernica is emotional, speaks harshly their protest. It is a cry of pain to draw attention to the human tragedy of war, and of evil monstrosities made incessantly, trivializing violence and devaluation of life." (Kristen Stewart)

. . .

- Un mot de vos femmes de cinéma... Qu'est-ce qu'il faut pour être une Assayas girl ?

Olivier Assayas : "C'est des rencontres où j'ai l'impression que telle ou telle actrice va me permettre de faire des choses que je n'ai jamais faites dans le cinéma. Je ne cherche pas une comédienne qui va interpréter tel rôle, je me dis : qui va pouvoir m'aider à porter ce film-là plus loin, qui a la capacité de m'ouvrir des portes de cinéma ?" (Olivier Assayas, cinéaste de l'invisible, La Grande Table, France Culture, 13.12.2016)

. . .