—Dites-moi, encore un mot: vous savez, à Balbec, quand je ne vous connaissais pas encore, vous aviez souvent un regard dur, rusé; vous ne pouvez pas me dire à quoi vous pensiez à ces moments-là?
—Ah! je n’ai aucun souvenir.
—Tenez, pour vous aider, un jour votre amie Gisèle a sauté à pieds joints par-dessus la chaise où était assis un vieux monsieur. Tâchez de vous rappeler ce que vous avez pensé à ce moment-là.
—Gisèle était celle que nous fréquentions le moins, elle était de la bande si vous voulez, mais pas tout à fait. J’ai dû penser qu’elle était bien mal élevée et commune.
—Ah! c’est tout?
J’aurais bien voulu, avant de l’embrasser, pouvoir la remplir à nouveau du mystère qu’elle avait pour moi sur la plage, avant que je la connusse...
MARCEL PROUST - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU
LE COTE DE GUERMANTES
suite : enfin j’étais en train d’embrasser la joue d’Albertine


